Olivier Faure in extremis
Le premier secrétaire l’emporte d’un cheveu. Il se retrouve sans réelle majorité à la tête d’un parti divisé et affaibli. Le PS a devant lui une immense tâche de reconstruction.
Incorrigibles … En fin de nuit, tandis qu’Olivier Faure revendiquait une victoire d’au moins 386 voix, le camp de Nicolas Mayer-Rossignol ne désarmait pas et s’estimait au coude à coude. Mais la remontada des opposants n’a pas suffi : obtenue grâce à une forte mobilisation et à une bonne récupération des voix chez Boris Vallaud, elle n’empêche pas Olivier Faure d’obtenir in fine une minuscule majorité de 50,9% des voix, reconnue par son adversaire.
La remontada que revendique le camp de Nicolas Mayer-Rossignol est réelle. L’avance d’Olivier Faure au premier tour et le choix de Boris Vallaud en sa faveur devaient octroyer au Premier secrétaire une franche victoire qui n’est pas advenue. La première raison est une mobilisation plus importante au second tour qu’au premier où seulement 23 000 militants sur les 40 000 que compte le parti avaient voté. L’enjeu et les forces lancées dans la bataille aidant, les partisans de Nicolas Mayer-Rossignol se sont déplacés davantage, par exemple à Paris où ils récoltent plus logiquement 53,9% des voix contre 47,7% le 27 mai.
Ensuite, le report de ceux qui avaient choisi Boris Vallaud a été plus favorable à Nicolas Mayer-Rossignol qu’anticipé. Olivier Faure a peiné à les récupérer, y compris dans le fief du député des Landes, bien que celui-ci se soit personnellement prononcé en sa faveur. Venus pour la majorité d’entre eux du courant d’Olivier Faure, les militants ne sont pas tous retournés au bercail, montrant ainsi leur réelle volonté de changement que leur avait fait miroiter Boris Vallaud.
Du coup, quoique perdants, les opposants voient dans ce résultat un « désaveu » de la direction sortante et affirment que le Parti socialiste est « divisé », ce qui les conduit à appeler à la « responsabilité » et à l’« unité ». Une façon de joindre leurs voix à la revendication déjà énoncée par Boris Vallaud, à savoir que les rênes du parti socialiste ne soient pas tenues par un seul homme, Olivier Faure.
Minoritaire au premier tour avec seulement 42 % des voix, le Premier secrétaire arrive en tête grâce au ralliement du dissident d’hier, son ex-ami Boris Vallaud qui appelle lui aussi au rassemblement. Pour l’attirer à lui, il a déjà dû s’engager sur un certain nombre de concessions. Gageons que les opposants lui en réclameront également.
Les responsables du PS sauront-ils faire table rase de leur affrontement, à présent qu’ils affichent la même ligne politique de rupture avec LFI ? En théorie, Olivier Faure assure en avoir fini avec les Insoumis, ce que confirme Boris Vallaud. De quoi ouvrir les discussions sur des sujets clé tels que le mode de désignation du candidat à l’élection présidentielle pour laquelle Olivier Faure préconise une large primaire de la gauche hormis LFI tandis que les autres le veulent au sein de la mouvance sociale-démocrate.
A deux ans de la présidentielle et moins de dix mois des municipales, il est plus que temps de cesser les bagarres picrocholines pour se concentrer sur l’essentiel : les idées, le programme et le choix de celles et ceux qui pourront les incarner dans les municipalités avant de partir à la conquête de l’Élysée. Car chacun sait qu’aucune victoire nationale n’est possible sans remporter les élections locales. Un travail d’Hercule pour un Parti socialiste en pleine déliquescence.



