Palestine : plus dur sera le « jour d’après » !

par Pierre Benoit |  publié le 23/09/2025

De bout en bout, le discours du président français à l’ONU ressemblait à un numéro d’équilibriste. Tel un funambule, Emmanuel Macron avançait sur le fil, un paragraphe sur Israël, un autre sur la Palestine. Derrière le symbole positif, la reconnaissance de la Palestine reste une équation aux nombreuses inconnues.

Emmanuel Macron s'exprime lors d'un sommet des Nations Unies sur les Palestiniens au siège de l'ONU, à New York, le 22 septembre 2025. La France et d'autres pays approuvent symboliquement la création d'un État, déclenchant la colère d'Israël. (Photo ANGELA WEISS / AFP)

Une ouverture par-ci, une autre par-là, et des conditions pour demain : pas d’ouverture d’une ambassade de France sans la libération des derniers otages et, bien sûr, la fin de la guerre. À la fin, on a vu l’émotion sur les visages de la délégation palestinienne. Et puis, la caméra s’est figée sur les sièges vides des diplomates israéliens.

L’énumération des conditions, aussi légitimes soient-elles, pouvait laisser penser à des formules magiques. La dure réalité reste, en effet, que les interlocuteurs font défaut aujourd’hui pour mener à bien un tel programme. Netanyahou n’arrêtera pas de sitôt le rouleau compresseur sur Gaza ni sa marche en avant vers le « grand Israël ». Mahmoud Abbas s’engage à assurer la gestion de Gaza, à bâtir un état démilitarisé dans les territoires occupés : en a-t-il les moyens ?

L’écrivain et ancien négociateur des accords de paix d’Oslo, Elias Sanbar reprend le fil de l’histoire à ses origines comme l’a fait Macron à la tribune de l’ONU : « Nous étions relégués à une absence pour toujours…le fondement de la reconnaissance est ramené à novembre 1947 quand l’ONU proclame le projet de deux états, un arabe et un juif. La France part du fait que l’un des acteurs concernés a le droit à l’autodétermination ».

Ce lundi 22 septembre à Ramallah en Cisjordanie, où se trouve le siège de l’Autorité palestinienne, il n’y a pas eu d’explosion de joie devant la réunion de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans les cafés, on jouait aux cartes comme à l’ordinaire. Désabusés, certains ont eu ces mots : « Donnez-nous un État et laissez-nous en paix ». Le président de l’Autorité palestinienne a confirmé en vidéoconférence qu’il reprendra ses armes au Hamas. À quatre-vingt-dix ans, le raïs Palestinien sait que l’intérêt de son peuple n’est pas de faire appel à la violence. Mais le patron de l’Autorité palestinienne est discrédité, il n’a organisé aucune élection en vingt ans de pouvoir.

Le renouvellement du leadership palestinien est pourtant indispensable pour imaginer l’avenir. Les prisons israéliennes regorgent de détenus palestiniens. L’ancien responsable militaire du Fatah en Cisjordanie, Marwan Barghouti, est incarcéré depuis 2002. Il y a longtemps il a renoncé aux armes, puis a soutenu les accords d’Oslo. Son aura est exceptionnelle auprès des jeunes générations. Seul problème : Netanyahou n’a aucun intérêt à faire libérer un homme qui pourrait incarner l’espoir.

Dans l’immédiat, le Premier ministre israélien agite la menace de représailles, comme il l’a déjà fait avec Macron, désormais persona non grata en Israël. Le président français a répondu en évoquant la fermeture éventuelle du consulat de France à Jérusalem. D’autres rétorsions diplomatiques pourraient tomber contre les pays ayant voté la résolution franco-saoudienne.

La mesure la plus redoutée est bien sûre l’annexion de la Cisjordanie réclamée les partis d’extrême-droite de la coalition israélienne : elle anéantirait l’idée même d’une Palestine indépendante. Jusque-là Netanyahou, est resté dans le flou. Échaudés par la réaction ambigüe de Washington lors du raid israélien ayant frappé à Doha les négociateurs du Hamas, les pays arabes ont fait savoir que l’annexion de la Cisjordanie était une ligne rouge. Si celle-ci s’enclenche, Ryad qui a lancé le processus en cours avec Paris, ne reconnaîtra pas Israël. Plus encore, les pays de la région qui l’ont déjà fait dénonceront les accords d’Abraham.

Pour voir se lever « le jour d’après », il faudra attendre le résultat de la rencontre dans les prochains jours entre Trump et Netanyahou. Le président milliardaire va devoir choisir. Soit il confirme sa proximité avec le premier ministre israélien qui le pousse à maintenir sans faiblir le pont aérien alimentant en bombes les chasseurs pilonnant Gaza. Soit il affiche les liens qu’il a lui-même resserrer avec les pays du Golfe en engrangeant les contrats lors de sa tournée triomphale au printemps dernier.

En voyant Macron à la tribune de l’ONU aux côtés du ministre saoudien des affaires étrangères, on savait que la France avait réussi à entrainer dans son sillage une partie du monde occidentale vers la reconnaissance de la Palestine. De même Ryad pouvait un jour emmener le monde arabe à reconnaitre Israël. Tel est l’enjeu ultime de ce théâtre diplomatique sur la scène onusienne.

Un rapport de force à trois dimensions s’est installé, il implique le monde arabe, Israël, les États-Unis. A ce stade, c’est Washington qui doit bouger. On a vu Trump maintes fois renoncer à bousculer Poutine pour lui laisser les mains libres dans sa guerre contre l’Ukraine. Voudra-t-il s’imposer face à Netanyahou ? On peut en douter.

Enfin peut-on envisager l’abandon de la résolution 242 de 1967, qui mentionnait l’occupation militaire des territoires conquis par Israël à l’issue de la guerre des six jours comme illégales. Un tel abandon signerait la mort clinique du droit internationale, et bien sûr l’abandon complet d’un peuple englouti par l’Histoire.

Pierre Benoit