Pas d’amnistie internationale pour Sarkozy
Le contraste est fort entre nos chaînes d’information, où les invités n’hésitent pas à prendre parti pour l’ancien président, ni à accuser la justice d’être partisane, et la presse internationale qui peine décidément à lui trouver des circonstances atténuantes.
La tolérance française à la corruption semble d’autant plus visible à la lumière d’un bref tour du monde médiatique. Aux États-Unis, les mots du Washington Post, factuels, tombent dur :
« Nicolas Sarkozy, condamné pour complot pour avoir sollicité des fonds pour sa campagne électorale de 2007 auprès de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi, serait le premier président français de l’époque moderne à purger une peine de prison. » Le fait qu’un ancien président français s’apprête à dormir en prison, ne serait-ce que pour une nuit, ne passe évidemment pas inaperçu …
Selon Die Zeit, la situation est gravissime. Le titre égrène les noms des personnalités de droite condamnées : « Marine Le Pen, Jacques Chirac, François Fillon, Nicolas Sarkozy. Ces noms ne sont pas seulement ceux de présidents de la République et de figures politiques les plus célèbres de France, mais aussi de condamnés. Le pays est riche, très riche en responsables politiques délinquants ». Le journal allemand poursuit : « Sarkozy a reçu le soutien de dizaines de journalistes, en général conservateurs, qui ont qualifié sa peine d’inhabituellement dure et reproché à la justice de ternir l’image de la France ».
Pour El País, journal pourtant conservateur, il ne fait pas de doute que la procédure judiciaire a été exemplaire et impartiale, car elle a duré 10 ans. Au lieu d’attaquer les juges, la droite devrait avant tout mettre fin à son hypocrisie, estime le quotidien espagnol : « Rien ne justifie que la droite française continue de considérer comme l’une de ses figures de proue un homme politique qui a brandi avec grandiloquence les valeurs d’honnêteté, d’ordre et de lutte contre la délinquance comme piliers de son idéologie et qui a fini par être condamné pour corruption ». À méditer.
Retour en Allemagne, où le Franckfurter Rundschau n’y va pas de main morte, et note, presque soulagé, que « la carrière politique de Sarkozy est désormais définitivement terminée ». Loin d’être un objet de satisfaction, le spectacle offert par la condamnation d’un homme encore influent provoque plutôt un malaise outre-Rhin : « Le fait qu’il se soit immiscé dans la politique parisienne pendant le procès et qu’il ait pu donner de bons conseils en tête-à-tête à des personnalités telles que le président Emmanuel Macron ou le populiste de droite Jordan Bardella témoigne d’une conception très particulière de la démocratie ». La figure de l’ancien chef de l’État est en somme bien trouble aux yeux de nos confrères étrangers : « Les Français ne savent toujours pas vraiment quoi penser de leur président : est-il un homme politique avec un penchant involontaire pour la farce ? Un « parrain » immoral de la droite bourgeoise ? Un Berlusconi en miniature ? », s’interroge le quotidien de Francfort … dont les lecteurs ont le choix.



