Pays-Bas : revers électoral pour l’extrême-droite
Le PVV a été sanctionné dans les urnes aux législatives anticipées qu’il attendait avec impatience. Il perd près du tiers des sièges conquis en 2023. Un échec inattendu pour l’extrême-droite aux Pays-Bas, qui semblait inarrêtable il y a encore quelques jours.
Geert Wilders, le leader du parti d’extrême-droite PVV (Parti de la liberté) a raté son pari. Aux élections législatives qui se sont tenues le 29 octobre, il n’a pu que faire jeu égal avec son rival centriste du D66, perdant même 30% des sièges qu’il avait conquis aux élections de 2023. Derrière eux, le rassemblement des Verts et des Travaillistes perd du terrain, obligeant cette alliance de gauche à se remettre en question alors qu’elle arrive derrière l’autre parti libéral VVD. Le panorama politique des Pays-Bas est éclaté, imposant la recherche d’une coalition pour former un gouvernement. Mais pour l’extrême-droite, c’est un véritable camouflet. L’outrance n’a pas payé dans une campagne où le parti de Geert Wilders, pourtant en tête des intentions de vote au départ, avait placé l’immigration au cœur des débats.
C’est d’ailleurs en comptant sur le glissement de l’électorat néerlandais vers l’extrême-droite que Geert Wilders avait manœuvré pour déclencher les élections anticipées du 29 octobre. À la faveur du recul des libéraux mais talonné par une alliance des forces de gauche, son parti était arrivé en tête des élections de 2023. Il développait déjà ses thèses contre l’immigration, ouvertement islamophobes, et promettait un référendum sur l’adhésion des Pays-Bas à l’Union européenne. Un seul mot d’ordre : « Les Pays-Bas d’abord » ; un appel au Nexit (non à l’Europe) rappelant singulièrement le MAGA de Donald Trump. Contraint de souscrire à un accord de coalition avec d’autres partis de droite, Geert Wilders avait toutefois dû renoncer au poste de Premier ministre.
La coalition n’a pas tenu longtemps. Dix-huit mois après cette première victoire électorale, arguant de la lenteur du gouvernement pour mettre en application ses mesures anti-immigration, Geert Wilders retira le PVV de sa participation à la conduite de l’État, en juin dernier, déclenchant une crise destinée à faire tomber le gouvernement. Fort des résultats qui plaçaient son parti en tête des sondages, le leader d’extrême-droite a même durci ses positions pour dénoncer le risque islamique, (« pas d’écoles musulmanes, de Coran, ni de mosquées ») appelant à un gel de l’asile et du statut de réfugié, à la fin du regroupement familial et à des restrictions dans la politique d’immigration quitte à déroger aux règles européennes et à la culture du pays historiquement tourné vers le grand large.
Dans cette monarchie constitutionnelle, où les coalitions sont traditionnellement de centre droit, et qui fut un des membres fondateurs de la Communauté européenne, le leader d’extrême-droite a cogné sans nuance. Quant à l’appartenance à l’UE, le message de souveraineté nationale était tout aussi clair avec, comme pour d’autres partis populistes européens, un retour à une monnaie nationale.
Mais le populisme de Geert Wilders a été battu. Le grand gagnant, Rob Jetten à la tête du D66, fait irruption dans la vie politique néerlandaise à 38 ans. Il pourrait devenir le plus jeune premier ministre du pays s’il parvient à construire une coalition. Fervent européen, il symboliserait un renouveau politique aux Pays-Bas autant qu’il renouerait avec les engagements historiques du pays pour l’UE. L’extrême-droite reste oppressante, mais sa progression qui semblait inexorable est enrayée et elle est repoussée loin de la majorité.
Une victoire de démocrates européens qui pourrait en appeler d’autres…



