Pendant ce temps, le compteur tourne…
A force de refuser les compromis, les partis politiques font douter les acteurs économiques qui ont besoin d’un cap pour investir et embaucher. Les effets sur la croissance pénalisent déjà 2026.
La France fera-t-elle fuir les investisseurs ? L’économie vacille dans le brouhaha des partis politiques qui préfèrent s’écharper sur des lignes rouges plutôt que travailler à des compromis budgétaires qui remettraient le pays sur ses rails. La France devient un boulet pour l’Europe et décroche.
Quelques exemples : alors que le différentiel de taux (le fameux spread) auquel la France emprunte sur les marchés par rapport à l’Allemagne était de 82 points de base (soit 0,82%) fin septembre, il a grimpé à 89 points à la suite de l’annonce de la démission de Sébastien Lecornu. L’écart se creuse. Quant au taux à laquelle la France emprunte sur les marchés, il a franchi la barre des 3,6% le 6 octobre contre 3% un an plus tôt, pour une obligation assimilable du Trésor (OAT) à 10 ans qui sert de référence…
Que veulent dire ces chiffres bien abstraits ? L’écart de taux avec l’Allemagne indique que la confiance des investisseurs vis-à-vis de la France est altérée. Et qu’ils font payer plus cher les montants empruntés. Lorsqu’on a un programme d’emprunt de 300 milliards d’euros sur un an comme c’est le cas de la France en 2025, la moindre variation de taux se paie cher. Par exemple, l’Agence France Trésor a procédé à une adjudication de 11,5 milliards d’euros le 2 octobre, au taux de 3,5%. A un taux de 10 points de base supérieur, la charge s’accroît. L’État français paiera la note, en réempruntant… Rappelons que, pour une dette de la France qui dépasse à ce jour 3400 milliards d’euros, la charge des emprunts atteindra 55 milliards d’euros cette année, puis dépassera 65 milliards en 2026 et 75 milliards en 2027… Une envolée de milliards qui ampute les marges de manoeuvre de l’État alors qu’il est si difficile de décider la moindre économie.
La crise politique dégénère en crise économique. Et non l’inverse. En juin dernier, un an après la dissolution de l’Assemblée par Emmanuel Macron, l’Insee avait abaissé sa prévision de croissance à 0,6% pour l’année 2025, bien en-dessous des 0,9% que le gouvernement de François Bayrou avait envisagé en début d’année. Déjà, l’instabilité politique coûtait 0,3 point de croissance avant le coup de tonnerre du 6 octobre. Qu’en restera-t-il en fin d’année lorsque, faute de budget, les acteurs économiques du pays auront mis à la cape, faute de d’avoir une vision claire de la politique fiscale du pays et des réformes à venir ? D’ores et déjà, la prévision de croissance de la Banque de France pour 2026, en hausse à 1,2%, est remise en cause. A la baisse, bien sûr. Les psychodrames politiques hypothèquent l’avenir de l’économie, dont les indicateurs sont déjà inquiétants.
Par exemple, l’Insee note que la production manufacturière en août a reculé de 0,7% sur un an et les prix de production de 0,4%. Si l’activité et les recettes baissent, les marges en souffrent forcément, obligeant les entreprises réduire les investissements, comme le montrent les prévisions pour 2025 en recul de plus de 3% sur l’ensemble des industries manufacturières et dans la construction. Sans investissements, la productivité recule et c’est toute l’économie qui décroche. Alors que le nombre élevé des faillites d’entreprises (près de 67000 sur douze mois) semblait devoir baisser, il menace de repartir avec l’allongement des délais de paiement.
La consommation des ménages, à l’origine de plus de la moitié du PIB, s’est légèrement redressé cet été mais reste au plus bas depuis 2022, au même niveau qu’en 2014 (hors période covid). Les consommateurs préfèrent entretenir leur bas de laine dans la crainte de vents mauvais, leur taux d’épargne approchant 19% de leur revenu disponible, un record ! Le climat des affaires reste morose et les perspectives d’emploi repartent à la baisse, alors que le taux de chômage en France devrait se situer autour de 7,7% en fin d’année. On chercherait vainement des éléments qui pourrait inciter à un certain optimisme, au moins aussi longtemps que l’impasse des débats politiques continueront de miner la confiance, tant dans le pays qu’à l’extérieur.



