« Petite gauche » et grandes divisions

par Valérie Lecasble |  publié le 08/12/2025

L’alliance des Verts avec LFI à Saint-Ouen, l’accord passé entre le PC et LFI en Seine-Saint-Denis, et le vote des écologistes contre les recettes de la Sécurité Sociale : ces trois défaites du Parti socialiste en deux jours discréditent la primaire de la « petite gauche ».

Marine Tondelier (EELV), Fabien Roussel (PCF) et Olivier Faure (PS), lors de la marche pour la Journée internationale de la paix, à Paris, le 21 septembre 2025. (Photo Carine Schmitt / Hans Lucas via AFP)

Effets secondaires sur la primaire de la « petite gauche »… Poussée par Olivier Faure, l’idée de faire concourir socialistes, communistes et écologistes pour qualifier un candidat de gauche à l’élection présidentielle a du plomb dans l’aile. Déjà, les deux candidats qui font la course en tête, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, n’y participeront pas. Et voilà que les autres partis de gauche se présentent en ordre dispersé, à l’Assemblée Nationale comme aux élections municipales.

L’idée du Premier secrétaire du PS est simple : pour isoler Jean-Luc Mélenchon qui sera candidat de son côté, il suffit de convoquer une primaire « de Ruffin à Glucksmann » afin d’agréger les candidatures non-LFI. Il n’y aurait plus, dans ce cas, que deux candidats de gauche à l’élection présidentielle : Mélenchon et un seul autre.

Las ! En 48 heures, ce dessein s’est heurté aux réalités du terrain. Vendredi 5 décembre, à l’Assemblée nationale, tous les députés écologistes hormis une seule, Delphine Batho, votent contre les recettes de la Sécurité Sociale, et se rangent aux côtés des partis extrêmes, LFI et le RN. Cheffe des députés verts, Cyrielle Châtelain a considéré qu’avec une moindre hausse de la CSG sur le capital, le compte n’y serait plus pour les retraites. Jusqu’au bout, pourtant, Olivier Faure avait tablé sur l’abstention des Verts.

Le même vendredi dans la soirée, en vue de l’élection municipale à Saint-Ouen, les écologistes votent à 34 voix sur 37 leur ralliement à Manon Monmirel qui mène la liste … LFI. Une gifle pour le maire socialiste sortant Karim Bouamrane qui comptait sur leur soutien. Jusqu’à ce que leur cheffe de file, Sabrina Decanton, dont il est proche, démissionne après avoir été attaquée pour son homosexualité, laissant le champ libre pour un changement d’alliance. En 2020, pourtant, Bouamrane et les Verts s’étaient unis dès le premier tour.

Dès le lendemain, dans le même département de Seine-Saint Denis, le Parti Communiste annonce un accord réciproque de désistement avec… LFI. Soutien commun aux maires sortants, fusion des listes, les communistes et les Insoumis seront soudés pour affronter la droite dans douze villes du département, dont Saint-Denis-Pierrefitte, où la liste sera menée par un Insoumis.

Certes, grâce à son expérience et à son charisme personnel, Karim Bouamrane n’est pas battu d’avance. Certes, la Seine-Saint-Denis est un département à part où La France Insoumise est particulièrement implantée. Certes, autant Olivier Faure s’est engagé à ne pas passer d’accord global avec LFI, autant il n’a jamais exclu des accords locaux de désistement. Certes, rien n’est encore joué dans l’affaire du PFLSS et le comportement des écologistes sera scruté de près lors du vote final prévu mardi 9 décembre.

Mais ces trois épisodes ont montré à quel point cet accord au sein de la « petite gauche » n’avait d’union que le nom. Les deux alliés historiques du Parti Socialiste, les Verts et le PC, n’ont pas hésité à se désolidariser de lui. Pis, ces entorses manifestes à la rupture que souhaite le Parti socialiste avec La France Insoumise laissent un goût amer. Comment Olivier Faure peut-il encore défendre une telle stratégie, quand visiblement les intérêts des uns et des autres sont aussi éloignés ? Comment croire qu’en accordant des concessions à Marine Tondelier ou à Lucie Castets, il pèsera sur les décisions de ses partenaires, tant ils privilégient leurs propres affaires ? Dans ce contexte, le rapprochement entre Ruffin, Tondelier, Roussel, Faure et les autres n’a plus de sens.

L’engagement des Verts aux côtés de LFI est plus manifeste que jamais. En mauvaise posture aux municipales, ils mangent à tous les râteliers. Avec le PCF, ils veulent ressusciter un Nouveau Front Populaire moribond, au nom d’une stratégie illisible et dangereuse qui contredit le virage vers une gauche responsable qu’Olivier Faure et les députés socialistes assument avec solidité depuis que Sébastien Lecornu a lancé la discussion du budget.

« La poutre travaille », disent les experts. On voit mal à présent comment entre Faure et Tondelier, les positions pourraient se rapprocher. C’est à des alliances nouvelles qu’il faut désormais travailler.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique