Philippe Brun : « Notre texte est le plus à gauche »

par Valérie Lecasble |  publié le 16/05/2025

Les ouvriers et les employés sont le fil conducteur de la reconquête, affirme le député de l’Eure, 33 ans, qui appelle à un rassemblement sur cette ligne populaire pour sortir de « l’entre-soi bourgeois » dans lequel le PS s’est égaré. Il voterait la censure d’un budget 2026 qui économiserait 40 milliards « sur le dos des plus pauvres ».

Le député socialiste Philippe Brun, vice-président de la commission des finances, lors d'une conférence de presse à Paris, le 25 avril 2025. (Photo Bertrand GUAY / AFP)

A dix jours du vote des motions, comment se profile le Congrès du PS ?

Deux lignes s’affrontent au sein du Parti socialiste. La ligne d’affirmation et de renouvellement que nous portons avec Nicolas Mayer-Rossignol et en face la ligne de « sous-traitance » du travail de fond à d’autres, portée par la direction sortante. Notre rassemblement rencontre un écho favorable auprès des militants qui veulent que ça change. La gauche est faible aujourd’hui, à 30 % car le PS ne joue pas son rôle, ne sait plus aller chercher ses électeurs.
Nous devons redonner à la France un Parti socialiste capable de parler aux classes populaires. Il ne s’agit pas d’une reconduction du congrès de Marseille mais bien d’un nouveau logiciel et d’une doctrine nouvelle où le Parti socialiste défend une ligne populaire et républicaine. Les ouvriers et les employés sont le fil conducteur de la reconquête où nos thèmes ciblent les familles monoparentales, le handicap, ou les déserts médicaux.
Nous défendons le principe de parité populaire qui nécessite qu’à terme, nous ayons une part significative de nos candidats aux élections issus des milieux ouvriers et employés afin de mettre fin à la lente érosion qui transformé le PS en un parti d’élus et de fonctionnaires. Je veux retrouver le parti de Pierre Bérégovoy et de Pierre Mauroy. C’est tout le sens de l’école de l’engagement que j’ai lancée et qui a vocation à attirer un nouveau public d’aides à domicile, de caissières ou de caristes. Le PS doit être, au sein de la gauche, celui qui donne sa chance aux milieux défavorisés.

Vous allez chasser sur les terres du RN l’électorat ouvrier qui a déserté la gauche ?

L’évolution libérale conservatrice portée par Jordan Bardella, Marion Maréchal et les financiers réactionnaires comme Pierre-Edouard Stérin, tend à effacer la ligne faussement sociale jadis portée par Marine Le Pen. C’est une opportunité. Mais c’est aussi en nous-mêmes que réside la solution.
Je suis, dans toute la France, le seul député de gauche qui a amélioré son score entre 2022 et 2024 face au Rassemblement National. Je pense avoir gagné en affirmant une ligne très ambitieuse – même radicale – sur le fond, et très républicaine sur la forme. Le macronisme est finissant et pour l’instant, les gens me disent que l’alternance leur paraît – à mon grand dam – un peu moins repoussante du côté du RN que du côté de la gauche à laquelle sont associées toutes les outrances de LFI. La solution réside au PS, le seul parti qui puisse porter cette ligne sociale et emmener la gauche sur un nouveau chemin.

Votre ligne est populaire mais vous êtes à la droite du PS ?

Nous n’avons rien d’une aile droite. Nous comptons parmi nous d’ex-frondeurs comme Jérôme Guedj, ou Jean-Marc Germain qui avait déposé une motion de censure contre Manuel Valls. A contrario, Olivier Faure a soutenu les 49.3 sur la loi Macron, la loi travail, voté Manuel Valls au second tour de la primaire socialiste, puis s’est abstenu sur la confiance à Édouard Philippe en 2017. Le texte le plus à gauche du Congrès est le nôtre. Priorité salariale, nationalisations temporaires, suspension du marché européen de l’électricité, parité populaire, sont quelques-uns de nos marqueurs, qui doivent nous permettre de sortir le parti de l’entre-soi bourgeois dans lequel il s’est égaré.

Olivier Faure jette toutes ses forces dans la bataille, il serait monté à 40 % ?

Personne ne connaît vraiment les chiffres aujourd’hui mais le rapport de forces des signataires montre un match clair en faveur de Nicolas Mayer-Rossignol. Tout porte à croire que nous serons en tête lors du vote des motions et que le match sera entre lui et Olivier Faure. J’invite les militants à ne pas éparpiller leurs voix et à suivre notre cap.

Boris Vallaud a dit ne prendre parti ni pour Faure, ni pour vous. Mais les militants ?

Boris Vallaud, que je connais bien, fait la même analyse que nous sur la léthargie du Parti socialiste. Toutes nos propositions sont proches et sa démarche converge avec la nôtre. Je ne partage pas son choix de rester seul. Si la motion de Nicolas Mayer-Rossignol devait arriver en tête, le rassemblement se fera naturellement autour d’elle.
Et si Boris Vallaud ne donne pas de consigne de vote pour l’élection du Premier secrétaire, nous créerons les conditions du rassemblement pour ramener à nous l’essentiel de ses amis. Car quand on quitte, comme il l’a fait, le courant du Premier secrétaire sortant, c’est pour changer, pas pour retourner au bercail sur la même ligne.

Si vous gagnez, qui sera votre candidat à la présidentielle ?

Avant la présidentielle, le Parti socialiste doit élaborer son programme propre. Olivier Faure propose un programme bâclé dès le mois de juillet qui ne pourra être qu’une reprise du programme – lui-même négocié en trois jours – du Nouveau Front Populaire, c’est-à-dire celui de LFI avec les mêmes mesures à 10 % de moins. On ne peut pas continuer comme ça, avec un ersatz de programme, puis se précipiter pour organiser une primaire.
Nous voulons élaborer un vrai projet crédible, avec des assises de la gauche qui réuniraient au sein d’une fédération de Benoît Hamon à Raphaël Glucksmann en passant par Emmanuel Maurel et Bernard Cazeneuve.
Qui alors, sera désigné au sein de cette fédération comme le candidat à l’élection présidentielle ? On verra qui se dégagera et l’emportera. Ensuite, nous souhaitons que le chef de file désigné par la fédération trouve le moyen d’une alliance le plus large possible avec le reste de la gauche, à l’exception de LFI.

D’ici là, il y a les municipales ?

C’est une étape centrale. Dans de nombreux endroits, dans certaines villes et préfectures, nous n’avons pas de candidats car le travail nécessaire de recrutement et de préparation n’a pas été fait, y compris dans certains de nos bastions. Or, nous ne pouvons pas gagner au niveau national si nous ne gagnons pas à l’échelle locale. Il y a un projet de société à construire. Dans certaines fédérations, nous avons disparu. Un énorme travail de reconstruction est à faire.

Comment se passe la direction collégiale des opposants ? Qui tient quel rôle ?

Nous n’avons pas encore gagné le congrès. Dans la campagne, chacun apporte son histoire. Nicolas Mayer-Rossignol est notre rassembleur, il exerce un magistère politique incontestable, il est ancien président de région et maire de grande métropole. Hélène Geoffroy, maire de banlieue, ancienne ministre, apporte la force de ses convictions et de sa sincérité. Moi, j’amène une ligne politique, celle de la gauche populaire, et une expérience de terrain et de victoire au corps-à-corps face à l’extrême droite.
À 33 ans, je suis le benjamin mais je ne fais pas partie de ceux qui veulent remplacer les vieux.
Si Arnaud Montebourg, Najat Vallaud-Belkacem, Matthias Fekl, Vincent Peillon, Benoît Hamon étaient restés actifs en politique au premier plan, on se porterait mieux. Nous avons besoin de l’expérience de ceux qui nous ont précédés.
Et je constate qu’à LFI, un homme de 73 ans a su renouveler l’organisation. Aux États-Unis, Bernie Sanders a 83 ans.

Les discussions sur le budget 2026 se poursuivent, où trouve-t-on 40 milliards ?

La méthode ne va pas. Nous avons contribué au déblocage de la situation lors du vote du budget 2025 et voici que nous ne sommes associés à rien, consultés sur rien. Amélie de Montchalin ne nous a pas reçus. Il n’y a aucune transparence sur l’exécution budgétaire. Nous contestons la nécessité d’économiser 40 milliards. La pente est trop abrupte et va casser la croissance. On va se retrouver avec un PIB américain par habitant qui sera le double du PIB européen. Regardez l’Allemagne où Friedrich Merz a annoncé 500 milliards d’investissements dans les infrastructures et dans la défense. Si la France n’investit pas, nous perdrons des emplois et les entreprises allemandes dépasseront les françaises.
Il faut dix ans pour réduire le déficit, le bon rythme se situe entre sept et douze ans. Travaillons sérieusement sur les dépenses : tailler 40 milliards, ce n’est pas sérieux.
La pression de la censure avait facilité le dialogue lors du budget 2025 et on connaissait déjà le projet de loi de finances. Mais là, Bercy s’est enfermé dans sa forteresse et on manque de données précises. Toutes nos demandes de rendez-vous sont restées lettre morte.
Si le gouvernement ne réagit pas, il risque la censure. Toutes les propositions qui circulent, si elles devaient être appliquées, seront censurées qu’il s’agisse de la baisse des pensions des retraités ou du non-remboursement des médicaments.

Où faut-il économiser ?

Je voterai la censure d’un budget qui économiserait 40 milliards sur le dos des plus pauvres. On nous parle de simplification mais la bureaucratie ne pèse pas 40 milliards en France. Pour les trouver, il faudra supprimer des politiques publiques. Lesquelles ? Ce sera forcément dans le domaine social avec le point dur des retraites où il y a un nouveau modèle à inventer qui doit intégrer la pénibilité et l’injustice faite aux femmes.
Nous avons des contre-propositions comme celles de supprimer les niches fiscales et sociales, de revoir le calcul de l’impôt-recherche, de mettre fin au privilège fiscal des très gros patrimoines…

François Bayrou a été très offensif sur Bétharram. Son gouvernement peut-il tenir ?

François Bayrou a provoqué un duel avec Paul Vannier et il a multiplié les approximations. Il ne s’est pas comporté de façon très correcte, notamment en apportant le livre « La Meute » pour jouer la provocation. Les victimes concernées n’ont pas dû apprécier cette mise en scène. Le Premier ministre a manqué de gravité et de précision. Il doit à l’opinion publique une certaine vérité et des explications claires. Le sujet des violences faites aux enfants émeut l’opinion et l’affaire ne cesse de rebondir en raison de ses approximations, omissions voire de ses mensonges.

Propos recueillis par Valérie Lecasble

Valérie Lecasble

Editorialiste politique