Plan Filles et Maths : les quotas cela ne suffira pas !
L’annonce le 7 mai dernier d’un Plan Filles et Maths ne peut être que salué face à la persistance des stéréotypes dès la petite enfance. Il est pourtant voué à l’échec sans révolution d’envergure.
Comment ne pas acquiescer à l’annonce de la Ministre de l’Éducation nationale, constatant la mise au ban des jeunes filles dans les filières scientifiques ? Ceux qui ont enseigné le savent. Une classe de terminale avec une spécialité mathématiques, est l’assurance de retrouver un univers très majoritairement masculin, ne parlons même pas des spécialités sciences de l’ingénieur. Cette réalité factuelle n’est pourtant pas inéluctable.
Nos voisins européens, confrontés à des réalités semblables, font parfois mieux, et de nombreux pays en développement, qualifiés de « Sud global », souvent peu soucieux de l’égalité des sexes, parviennent à promouvoir bien davantage de filles dans ce secteur, en proportion de la population scolarisée. Un enjeu de justice et de société, aux conséquences économiques certaines.
L’objectif annoncé est d’atteindre 30% de filles en 2030 dans les classes préparatoires scientifiques, sans exclure d’avoir recours aux quotas. C’était la recommandation du Haut Conseil à l’égalité depuis 2023. Mais la question devra se traiter en amont. Notre République est le pays où l’écart de performance entre filles et garçons est le plus important en mathématiques à l’âge de 10 ans, alors que les compétences sont identiques à l’entrée au CP. Au bout de la chaîne, seuls un quart de nos ingénieurs sont des ingénieures – une injustice et un gâchis, tandis que la France désespère de trouver en nombre suffisant, techniciens et ingénieurs.
Soyons honnête, dans ce domaine aussi, l’Éducation nationale s’est lourdement trompée. La réforme Blanquer de 2019 a d’abord permis la suppression des mathématiques dès 15 ans à la sortie de la classe de seconde avant de faire machine arrière, sans maîtrise, réintroduisant récemment un horaire obligatoire allégé, puis une épreuve au baccalauréat pour tous. Une innovation pédagogique unique au monde et parmi les pays de l’OCDE, qui valut alors l’incompréhension et la condamnation unanimes des milieux universitaires et de la recherche. Parallèlement, les classements internationaux indiquaient déjà des résultats globaux préoccupants en plus de l’inégalité de sexe.
La Ministre du supérieur et de l’Éducation nationale n’ignore pas cette complexité. Elle souhaite expérimenter des classes à horaires aménagés pour les sciences dès la classe de 4e comprenant 50% de filles, développe un plan de sensibilisation auprès du personnel enseignant et encourage le témoignage des jeunes femmes issues de ces filières. Il faudra au moins cela. Les principales victimes sont fréquemment « consentantes » avec un niveau de dépréciation d’elles-mêmes, sans rapport avec les garçons, alors que leurs résultats scolaires sont globalement supérieurs à ces derniers. Les constructions sociales d’une vieille société patriarcale ont de beaux restes.
Et puis, sans révolution pédagogique, sans volonté partagée de regarder ce qu’il fonctionne ailleurs, sans baisse des effectifs, sans recrutement qualitatif alors que ce dernier est particulièrement calamiteux en mathématiques, les belles intentions demeureront lettre morte. Le renforcement des mathématiques et l’appropriation du français sont indissociables du resserrement inégalitaire filles-garçons. Bien sûr, le chœur des partisans du confortable statu quo s’égosillera, mais il faudra bien lever le tabou des priorités de la septième puissance mondiale, tancée par l’IA et les innovations technologiques, tandis que les Européens font face à une concurrence d’une rare férocité. Qui en aura le courage ?
Sans cela, nous nous cantonnerons au stade du diagnostic ou des effets d’annonce sans lendemain. L’inégalité des chances devant les filières les plus réputées et, à terme, les mieux rémunérées, n’est pas une question séparée de ce qui dysfonctionne. De tout ce qui dysfonctionne. La valse des ministres qui se succèdent à Grenelle ne peut l’ignorer face au degré de déliquescence de ce qui fut jadis une fierté nationale, l’école de la République.
La bonne question est donc de savoir comment rendre effective une telle annonce, alors qu’en mathématiques, mais également dans d’autres disciplines, même l’appel aux contractuels ne permet plus de couvrir les besoins quantitatifs. De quoi s’inquiéter en cas de généralisation des classes sciences.



