Plan Trump : un scénario dangereux et répétitif
Dans l’urgence, l’Europe cherche une parade au plan de paix pour l’Ukraine proposé par Trump. Un exercice qui s’est déjà répété plusieurs fois.
A Genève, le secrétaire d’état Marco Rubio et l’émissaire spécial de Trump Steve Witkoff discutent avec Zelensky et les sherpas des dirigeants européens. L’américain Rubio parle « d’avancées significatives » en soulignant que la souveraineté ukrainienne sera respectée. On peut en douter.
Chaque fois que les Européens sont écartés de la scène, on observe le même scénario. Réactions prudentes, propositions formulées avec précaution. C’est exactement ce qui s’est passé en août dernier : les Européens étaient arrivés aux côtés de Zelensky pour éviter qu’il ne se fasse tancer une deuxième fois dans le bureau ovale. Il n’y a pas eu de déclaration intempestive de la part de la garde rapprochée européenne de Zelensky. Après quoi les représentants de l’UE ont repris leur travail sur les questions de sécurité pour le « jour d’après » le cessez-le-feu.
Cette fois aussi, il n’y a pas eu de réaction à l’emporte-pièce. Aucun officiel n’a parlé de « capitulation ». Celui qui a été le plus net, c’est Macron qui est revenu sur les garanties de sécurité : « sans élément de dissuasion, les Russes reviendront ». Dimanche en fin de journée, les Européens avaient déjà sous la main l’ébauche d’une contre-proposition en 24 points dont la clef de voûte porte justement sur le déploiement de troupes européennes pour garantir un cessez-le-feu. Sans risque, on peut parier que Poutine dira « niet ».
La prudence verbale et l’agilité diplomatique des Européens n’ont qu’un objectif : éviter de braquer l’égotiste de la Maison Blanche, tout faire pour rester à la table des négociations. Depuis l’été, les Européens travaillent à corriger le déséquilibre de l’approche américaine. Ainsi un groupe de travail animé par des diplomates finlandais a mis au point un document juridique sur les garanties de sécurité attendue par Kiev.
L’annonce intempestive du plan Trump remet évidement en cause ce type d’exercice. Mais l’Europe ne laissera paraître aucun découragement. Elle est à la manœuvre pour retravailler, compléter, enrichir. En définitive la démarche est toujours la même : prendre davantage en compte les intérêts vitaux de la partie ukrainienne.
Depuis l’arrivée du milliardaire américain à la Maison Blanche, l’Europe est sur le qui-vive, désemparée par les incartades diplomatiques et les manières brutales de Trump. Dans un premier temps certains Européens ont tenté la séduction. Giorgia Meloni y est parvenue au début du mandat. A son tour, le britannique Keir Starmer a essayé au nom de la « relation spéciale » entre Londres et Washington. Aujourd’hui c’est le chancelier Friedrich Merz qui prétend avoir l’oreille de Trump.
Toutes ces amabilités n’ont guère porté leurs fruits. Trump pense avant tout que l’Europe a trop longtemps profité de la générosité américaine. La relation transatlantique s’est fissurée sur le dossier ukrainien mais sans lui, il aurait trouvé autre chose.
Le problème des Européens est celui du temps. Ils doivent éviter à tout prix que le lien transatlantique ne s’effiloche trop vite, surtout au moment où Poutine fait la démonstration de son ambition impériale. Il faudra du temps, en effet, pour que l’UE bâtisse son autonomie stratégique avec une solide capacité militaire. Dans les états-majors européens on évoque souvent une séquence de quatre ans pour franchir ce palier géopolitique.
La fébrilité actuelle sur l’Ukraine est une parfaite illustration de ces craintes. Les Européens s’adaptent à leur interlocuteur en ayant peur que la distance ne grandisse encore avec Washington. Au passage, si le lâchage de l’Ukraine peut être envisagé, Trump ne semble pas s’être posé la question de savoir ce que vaudront les garanties américaines auprès des autres pays amis des États-Unis à travers le monde.
L’ultimatum lancé à Zelensky pour le 27 novembre vise aussi à prendre de court les Européens. Mal enclenchée lors du sommet raté d’Anchorage, la remise en scène internationale de Poutine pourrait dès lors se concrétiser plus vite qu’on ne le croit. Cette réapparition signera de facto le retour aux sphères d’influence d’autrefois, un cauchemar qui hante les pays de l’Europe centrale jusqu’à la Baltique. Un partage Russie-États-Unis fondé sur la force réveillerait de très mauvais souvenirs, sans même parler de tous les « proxys » poutiniens en Europe qui viendraient soutenir cette nouvelle vassalisation de l’Ukraine.



