Pologne : un point pour Poutine ?

par Gilles Bridier |  publié le 05/06/2025

Au moment où le Royaume-Uni tisse de nouveaux liens avec l’Europe, la Pologne va être présidée par un eurosceptique. Mauvaise nouvelle pour l’Ukraine…

Karol Nawrocki, candidat du parti Droit et Justice à la présidence de la Pologne, lors de la soirée électorale du second tour de l'élection présidentielle à Varsovie, en Pologne, le 1er juin 2025. (Photo Jakub Porzycki / Anadolu via AFP)

Au côté de Volodymyr Zelensky, à Kiev le 10 mai dernier, le groupe des quatre constitué par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne manifestait son engagement pour la défense des intérêts de l’Ukraine dans le cadre de la « coalition des volontaires » et rendait plus audible la voix de l’Europe. Mais la victoire à l’élection présidentielle polonaise du candidat de la droite radicale Karol Nawrocki, nationaliste et eurosceptique, libertarien et anti-ukrainien, fragilise la position du Premier ministre pro-européen Donald Tusk. L’effet d’entraînement de la coalition du groupe des quatre en ressortira affaibli alors qu’il aurait pu au contraire être consolidé au moment où le Royaume-Uni a entrepris de resserrer les liens distendus avec l’UE au cours des cinq années qui ont suivi le Brexit
Suite à la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Londres à la mi-mai, le Premier ministre Keir Starmer a manifesté son désir de renouer des relations avec l’UE dans des domaines régaliens comme la défense et la sécurité, et même dans le secteur symbolique de la pêche, très sensible compte tenu d’un contentieux endémique sur les quotas. Certes, c’est avec l’Inde et les États-Unis que le Royaume-Uni a conclu de premiers accords, mais l’Europe demeure néanmoins son premier partenaire commercial, représentant la moitié de son commerce extérieur, malgré le Brexit.

En outre, les négociations entre Londres et Washington depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, n’ont pas donné aux Britanniques le sentiment d’être considérés comme des partenaires privilégiés par leurs cousins américains. Elle se sont soldées par une augmentation des droits de douane de 10% côté américain sur les produits britanniques, ont porté sur des engagements d’achat côté anglais, mais n’ont pas laissé l’impression de discussions entre égaux alors que c’est précisément sur des revendications de souveraineté que le Royaume-Uni a divorcé d’avec l’Union européenne. De quoi pousser Londres à reconsidérer la situation avec l’UE, même si le Premier ministre a assuré qu’il n’était pas question de revenir sur les dispositions du Brexit.

Sur les dossiers régaliens, la coopération entre Londres et l’UE n’a d’ailleurs jamais été remise en question. L’engagement britannique en soutien à l’Ukraine sur la même ligne que Bruxelles et la condamnation de l’agression russe, en sont l’expression la plus directe. D’une façon plus globale, les échanges d’informations entre les militaires français et britanniques n’ont jamais été interrompus. En tant que puissances nucléaires, Paris et Londres se concertent sur l’évolution du maintien d’une force nucléaire en Europe. Et des réunions portent aujourd’hui sur la mise en place d’une force européenne qui garantirait le respect d’un traité de paix en Ukraine. Une initiative qui, toutefois, ne fait pas l’unanimité au sein de l’UE. Quoi qu’il en soit, à l’heure où l’Europe est amenée à se réarmer et à prendre des dispositions pour y parvenir dans les meilleures conditions, le Royaume-Uni se rapproche de ses voisins pour profiter de cette dynamique.

Affaibli par les résultats de l’élection présidentielle en Pologne, Donald Tusk ne va plus avoir les coudées franches pour participer à la consolidation du groupe des quatre et risque de se heurter au veto du nouveau président lors d’éventuelles futures initiatives. Avec ce passage de Varsovie dans le camp des droites nationalistes et réactionnaire, le noyau de la « coalition des volontaires » risque de peser moins lourd.

Gilles Bridier