Présidentielle : la méthode Hollande

par Valérie Lecasble |  publié le 19/02/2026

Réagissant au lynchage de Quentin Deranque, l’ancien président annonce qu’il refusera toute alliance avec LFI au second tour des municipales et prend l’engagement que Jean-Luc Mélenchon ne figurera pas à celui de la présidentielle. Il trace ainsi un chemin pour la gauche.

L'ancien président de la République François Hollande ce mercredi 18 février dans l'émission "Face à face ' d'Apolline de Malherbe. (Capture d'écran © BFMTV-RMC )

C’est avec un air grave et profond que François Hollande tire les leçons du lynchage de Quentin Deranque, celui qu’il adopte quand il veut marquer un tournant qui engage l’avenir. L’ex-président de la République est venu à la télévision, sur BFMTV, pour sonner l’alarme. « La violence ne peut pas s’installer, la réponse doit être ferme », insiste-t-il, en décrivant « une violence verbale qui devient parlementaire et se termine dans la rue ».

Une rupture assumée avec LFI

Dans son viseur, La France insoumise, qui porte, selon lui, une double responsabilité. Celle, d’abord, de la brutalité de son expression, de son incitation permanente à l’outrance, de sa volonté politique de balayer tout ce qui se situe entre l’extrême droite et la gauche radicale. Celle, ensuite, d’avoir continué à entretenir le lien avec la Jeune Garde, avec, en tant que parti politique, l’objectif d’aller chercher dans la rue ce qu’il ne trouve pas dans les urnes. La preuve, dit-il, s’il le fallait, que LFI est bien un parti d’extrême gauche, ainsi que l’a qualifié Laurent Nunez pour les élections municipales. François Hollande acquiesce et va plus loin : « LFI doit faire la démonstration qu’il se situe dans l’arc républicain », scande-t-il désormais. Afin de prouver qu’elle respecte les règles de la démocratie, La France insoumise doit cesser de soutenir le combat de rue, rompre avec la Jeune Garde et se séparer des collaborateurs du député LFI Raphaël Arnault, son assistant parlementaire et son stagiaire, s’il se confirmait qu’ils figurent bien tous deux parmi les onze interpellés par la police. « Il faut laisser la justice travailler, être ferme et prononcer les condamnations nécessaires », conclut-il sur le sujet.

La démocratie, telle que la décrit Hollande, nécessite que l’on cesse de dénoncer et d’accuser, que l’on mette un terme à la violence et que l’on aille vers l’apaisement. Et c’est alors qu’il tire deux grandes leçons, à la suite du décès de Quentin Deranque. La première concerne les élections municipales où il ne saurait plus être question d’alliance entre les socialistes et LFI, non seulement au premier tour, comme c’est déjà le cas, mais également au second tour, ce qui n’est pas, on le sait, la position de Pierre Jouvet, le Monsieur municipales du PS, qui n’exclut au contraire pas des accords au cas par cas entre le PS et LFI, s’il s’agit de gagner des municipalités.

Municipales et présidentielle en ligne de mire

La seconde leçon est celle de la présidentielle où François Hollande prend « l’engagement » et fait « la promesse et le pari » que Jean-Luc Mélenchon ne sera pas au second tour face au RN, dans le duel que le leader de LFI cherche à provoquer. « On n’assistera pas à ce combat-là », assure-t-il, convaincu, au contraire, de la possibilité que la gauche réformiste, qui aura rompu toute relation avec LFI, puisse y figurer. Cette ligne, qu’il appelle socialiste, n’est pas la même, reconnaît-il, que celle des écologistes, dont l’ambiguïté perdure, quand on voit certains de leurs candidats s’allier à La France insoumise aux élections municipales. « C’est aux écologistes d’être clairs », lance Hollande avant d’affirmer qu’il « n’est pas question d’une primaire le 11 octobre », celle, justement, que soutiennent les Verts. Et également, aujourd’hui, Olivier Faure pour le Parti socialiste, dont il est le Premier secrétaire.

François Hollande trace sa route. Il prétend, pour l’instant, ne pas défendre une stratégie personnelle mais vouloir déclencher un mouvement collectif qui inclut la gauche réformiste et s’étende au-delà du seul Parti socialiste. Sera-t-il lui-même candidat ? Esquivant la question d’Apolline de Malherbe, il répond simplement : « Je réfléchis à cette méthode-là. »

Une méthode où la gauche, qui aura définitivement rompu avec La France insoumise, prendrait en main son destin pour s’élargir autant que possible à tous ceux, au-delà du PS, qui s’accorderaient sur cette ligne politique. Avec comme point fort le seul objectif qui demeure : battre le Rassemblement national, resté, selon lui, en dehors de l’arc républicain en dépit de sa tentative de banalisation.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique