Prix littéraires : le couronnement des femmes
Qu’ils soient l’œuvre d’une autrice ou d’un auteur, les romans primés cette année rendent tous hommage au courage des femmes, confrontées à la violence de l’histoire ou à celle des hommes.
Voilà, Laurent Mauvignier reçoit le prix Goncourt 2025. C’était attendu, compte tenu de la qualité du livre. Mais un prix n’est jamais sûr, et c’est seulement hier, à l’annonce du prix Femina, décerné à Nathacha Appanah, romancière d’origine mauricienne, pour son roman La nuit au cœur, paru chez Gallimard, qu’il devint quasiment certain que Mauvignier recevrait le prix Goncourt, le lendemain.
Curieusement, il y a des points communs entre les deux livres. L’histoire de trois femmes pour La nuit au cœur, dont l’autrice est aujourd’hui la seule survivante, un livre courageux, puissant, portant sur la violence faite aux femmes par leur compagnon, sélectionné également pour tous les prix, et qui légitimement a reçu le prix Femina. Saga familiale également pour La maison vide, nouveau prix Goncourt raconte aussi l’histoire de trois générations de femmes, prises dans le fracas de l’histoire et des guerres dans la France rurale du 20ème siècle. Nous avons déjà eu l’occasion d’écrire ici tout le bien que nous pensions de ce livre, à coup sûr l’un des grands romans français du 21ème siècle, qu’il faut lire absolument.
Pour finir, la bataille annoncée entre Emmanuel Carrère et Laurent Mauvignier n’a pas eu lieu, c’est Caroline Lamarche, auteure belge de soixante-dix ans, bien connue des lecteurs et lectrices, qui a recueilli quatre voix (contre six à Mauvignier) pour son roman Le bel obscur qui raconte l’histoire d’un aïeul marié dont la femme découvre l’homosexualité. Un livre profond et élégant qui a réalisé une performance inattendue en disputant une seconde place que d’aucuns croyaient réservée à l’auteur de Kolkhoze.
Inattendu également, le prix Renaudot, essai, décerné à notre collègue, Alfred de Montesquiou, écrivant dans nos colonnes, Le crépuscule des hommes qui raconte le procès de Nuremberg du point de vue des journalistes qui le couvraient. Il ne figurait pas dans la liste finale, et avait été suffisamment remarqué pour être dans la première liste des Goncourt, du Renaudot, et de l’Interallié. Les jurés sont allés le chercher pour le couronner.
C’est Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui remporte le prix Renaudot pour son roman « Je voulais vivre », l’emportant sur Justine Lévy et son roman sur sa mère, « Une drôle de peine ». La lauréate, elle, venge l’histoire de Milady, l’héroïne des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, dans un récit épique et emporté.
Au total, la rentrée 2025 couronne des livres de grande qualité dont beaucoup sont consacrés à la recherche de l’histoire familiale, père ou mère, couple ou famille, situation complexe des femmes surtout, et des violences ou inégalités subies, mais aussi des hommes, de leur faiblesse ou de leur courage. À noter également la richesse de la littérature francophone, confirmée d’année en année, et la puissance littéraire réjouissante de ces écrivaines et écrivains, preuve d’une vitalité dont nous avons grand besoin. Laissons la parole, pour terminer, à Laurent Mauvignier : « Parler c’est risqué d’être entendu. Et c’est parfois ce qu’on craint le plus. Écrire, c’est essayer de comprendre pourquoi on ne comprend pas ».
Les mots de l’écriture, décidément, plus utiles que jamais dans le brouhaha du monde.



