Procès du RN : la droite mise sur Bardella

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 05/02/2026

Si les juges suivent le parquet, Marine Le Pen se retirera de la course à l’été. Les libéraux croisent les doigts, préférant affronter son dauphin.

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, à la réception organisée au Grand Palais à Paris le 13 janvier 2026 pour célébrer le bicentenaire du quotidien Le Figaro. (Photo JULIEN DE ROSA / AFP)

La droite retient son souffle. Dans quelques mois, elle saura qui elle devra affronter à la présidentielle, Marine Le Pen ayant annoncé qu’elle tirerait les conséquences de la position du tribunal, sans attendre un éventuel pourvoi en cassation. Si les magistrats du siège la déclaraient inéligible pour 2027, elle renoncerait tout de suite à être candidate. Pour que Jordan Bardella ne soit pas contraint d’attendre plus longtemps pour se lancer et qu’il ait tout le temps nécessaire à une vraie campagne.

Au vu de la sévérité du réquisitoire contre Marine Le Pen et la demande réitérée d’une peine de cinq ans d’inéligibilité, la droite croise les doigts pour que le tribunal suive le parquet et donc élimine la fille de Jean-Marie Le Pen de la présidentielle. Même si les sondages donnent un léger avantage aux chances du « plan B », les néo-conservateurs préfèreraient qu’il soit le candidat de l’extrême droite.

Bardella, un candidat jugé plus battable

Pourquoi ? Bardella serait d’abord plus facile à battre : on parie que son inexpérience et ses lacunes lui joueraient des tours pendant la campagne. Et s’il était néanmoins élu, il serait plus perméable que son aînée aux thèses « raisonnables » des partis libéraux, qui pourraient même nouer une alliance avec lui.

Les faiblesses du dauphin sont évidentes. Quand il n’a pas une fiche pour s’en sortir, il reste parfois sans voix. Cela a été littéralement le cas quand Darius Rochebin lui a demandé comment l’Europe devait rétorquer aux menaces de Donald Trump d’instaurer des droits de douane de 200 %. Il y eut un silence à l’antenne, puis, poussé dans ses retranchements, quelques phrases vagues sur comment il fallait « relancer la croissance ». Aucune réponse à la question. Pas vraiment au point, le jeune homme.

Son manque d’épaisseur lui nuirait aussi dans une campagne qui se déroulera sur fond de grande tension internationale. Quel poids aurait-il face à un Trump provocateur et un Poutine prédateur ? D’autant qu’on sait l’admiration qu’il porte au premier et l’indulgence qu’il accorde au second. L’électorat TikTok y sera peut-être indifférent, mais pas le reste des citoyens, qui vote davantage.

Bardella, malgré sa grande popularité, serait donc battable, alors que Marine Le Pen, même handicapée par son nom et sa condamnation, aurait l’expérience des vieilles troupes et pourrait mieux se sortir de tous les pièges qui lui seront tendus. Surtout, s’il était élu, le cadet serait plus ouvert que sa mentore aux sirènes libérales, alors que le RN professe encore une politique sociale coûteuse.

L’hypothèse d’accords avec les libéraux

Tous les contacts noués par Jordan Bardella avec les patrons et la haute fonction publique indiquent que le « plan B » a des divergences sur le fond avec Marine Le Pen. Partage des rôles ? C’est possible. Toujours est-il qu’il a bien essayé de faire évoluer – en vain – la position du parti sur les retraites. Il a même confié que s’il avait les clés, il ne toucherait pas au curseur d’âge de 64 de la réforme Borne.

Du miel aux oreilles du microcosme conservateur. Celui-ci nourrit aussi l’idée que des arrangements politiques pourraient être conclus avec le jeune homme. Alors que Marine Le Pen refuse toujours d’envisager une quelconque « union des droites », puisqu’elle refuse de se dire « de droite », son dauphin semble plus pragmatique. Dans les coulisses des partis court un scénario dans lequel un Bardella président nommerait un Premier ministre libéral pour gagner les législatives sur la base d’un accord programmatique. Des sièges – et des intérêts – seraient ainsi préservés.

La droite a-t-elle tort de miser sur le jeune premier du RN ? Seul l’avenir le dira. En attendant, les médias qu’elle contrôle lui offrent une belle publicité. La préférence des libéraux pour Bardella est claire. Et si les magistrats du siège devaient suivre le parquet et priver Marine Le Pen de sa candidature, il serait difficile de les accuser d’arrière-pensées électorales. Des « juges rouges » favoriseraient-ils une candidature souhaitée par la droite ?

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse