Procès Pelicot : des lendemains qui déchantent

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 13/02/2026

Gisèle Pelicot réitère dans son livre sa volonté de faire évoluer la société, inquiète de la situation actuelle. En effet les violences envers les femmes ne reculent pas et le masculinisme progresse.

Gisèle Pelicot pose lors d'une séance photo à Paris le 4 février 2026. "Et la joie de vivre" (aux éditions Flammarion), écrit par Gisèle Pelicot, avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, sortira le 17 février 2026. (PHOTO JOEL SAGET / AFP)

L’héroïne du procès Pelicot s’exprime à nouveau. Après avoir réveillé les consciences dans le prétoire d’Avignon dans l’affaire dite des « viols de Mazan » (50 hommes condamnés), elle appelle à nouveau à une modification profonde des comportements. Dans un livre-récit émouvant et sobre (« Et la joie de vivre » chez Flammarion), elle raconte les épreuves à peine croyables qu’elle a traversées. Refusant le « statut de victime », elle alerte sur la nécessité de changer en profondeur les mentalités.

« On me remercie pour mon courage. Ce n’est pas du courage, mais une détermination pour faire évoluer cette société patriarcale et machiste », écrit celle que son drame a fait basculer dans un féminisme ardent. Elle a observé avec satisfaction les réactions sidérées et les efforts annoncés pour lutter contre les violences faites aux femmes. Mais elle est sans illusion sur leurs effets : « On aura beau voter toutes les lois possibles sur le consentement, confie-t-elle au Figaro, si on ne change pas les mentalités, les lois ne servent à rien ».

Violences faites aux femmes : des mesures sans effet

Les tristes réalités lui donnent raison. Voilà près de dix ans que le combat contre les violences que subissent les femmes est la priorité des deux quinquennats d’Emmanuel Macron. On a voté de nombreuses mesures proposées par le Grenelle organisé sur le sujet, modifié le Code pénal pour y introduire la notion de consentement, créé de nouveaux délits comme le harcèlement de rue, durci certaines sanctions, décidé d’introduire enfin l’éducation sexuelle à l’école, créé des mécanismes de protection comme le téléphone grave danger, etc. Rien n’y fait.

Les chiffres de féminicides ne fléchissent pas. Les violences flambent. Le masculinisme gagne du terrain. Au fur et à mesure que les femmes obtiennent la reconnaissance de leurs droits, certains hommes se réveillent et opposent une résistance de moins en moins sourde à ce qui leur paraît une agression contre leur virilité. Le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, publié juste avant le 25 janvier, journée nationale contre le sexisme, attire l’attention sur une dynamique préoccupante : « Certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion aux thèses masculinistes et de mobilisations idéologiques collectives ».

Le Haut Conseil à l’égalité alerte sur le masculinisme

S’appuyant sur une enquête Harris Interactive, le HCE a mis en évidence deux formes de sexisme. Le sexisme paternaliste, tristement banal, véhiculé par 7,5 millions d’hommes mais aussi 5 millions de femmes. Et le sexisme hostile, violent, qui se traduit par des attitudes agressives ou dévalorisantes, auquel adhèrent 17% de la population, soit près de 10 millions de personnes. Cette seconde catégorie nourrit le masculinisme, système idéologique structuré qui imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques. Ceux-ci peuvent légitimer le passage à l’acte, banaliser des violences et aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre : « C’est une menace à l’ordre public et un enjeu de sécurité nationale » conclut le HCE, très alarmiste.

Les discours masculinistes construisent un récit alternatif dans lequel les hommes seraient désormais les véritables victimes d’un système qui les discriminerait. Le mouvement n’est pas homogène mais ses ramifications ont deux points communs : les messages sont basés sur la haine et la violence envers les femmes et ils se propagent de manière exponentielle via les réseaux sociaux dans l’ensemble de la société. D’où une action nécessaire sur deux plans : un gigantesque effort d’éducation des garçons, à l’école comme en famille ; et une régulation beaucoup plus ferme des contenus haineux en ligne liés à toutes les formes de sexisme.

Gisèle Pelicot verra-t-elle ses vœux exaucés ? On ne changera pas la société d’un coup de baguette magique. Mais on pourrait quand même commencer à essayer sérieusement. Oserait-on suggérer que ce sujet soit débattu lors de la prochaine présidentielle ? Encore faudrait-il que messieurs les candidats (ils sont très nombreux…) perçoivent l’importance de la question. Voient-ils seulement le problème ? Il semble, hélas, qu’ils aient toujours mieux à faire qu’à songer à (ré)éduquer les empêcheurs de vivre en rond de la moitié de la population…

Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot, coécrit avec Judith Perrignon, éditions Edito, Paris, 2026, 304 pages

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse