Profession : gorille du Général
Un nouvel opus du catéchisme gaulliste revient sur les hommes de l’ombre qui risquent tout pour protéger “le grand Charles” pendant les temps troubles de la guerre d’Algérie.
Avec Les Gorilles du Général, Xavier Dorison (scénario) et Julien Telo (dessin) inaugurent une fresque politico-historique qui démarre sur les chapeaux de roue. Ce premier tome, Septembre 59, nous propulse dans la France trouble de la fin des années 1950, alors que la guerre d’Algérie fait rage et que le général de Gaulle vient de reprendre les rênes du pays.
La BD s’intéresse à ceux qu’on ne voit jamais sur les photos officielles : les gardes du corps du chef de l’État. Trois “gorilles” issus d’horizons très différents, mais soudés par leur passé gaulliste dans la France Libre – un Corse rugueux, un Kabyle déterminé, un ancien boxeur – forment l’escouade chargée de protéger un homme d’État aussi charismatique qu’imprévisible. Mais leur patron, le mystérieux Jacques Foccart, décide de dépoussiérer l’équipe en leur adjoignant un jeunot, formé par le FBI aux méthodes à l’américaine.
Si la trame du récit est fictionnelle, les personnages sont bien réels et les situations le sont aussi. L’Algérie française se désagrège, l’OAS et le FLN menacent sans cesse d’un attentat contre “pépère”, comme les gardes du corps appellent l’homme qu’ils protègent. Malgré son nom de code trivial, de Gaulle apparaît comme une figure imposante, parfois réticente à l’idée même d’être protégé, ce qui pousse ses hommes à faire preuve d’une loyauté et d’une inventivité sans faille.
Les décors, les voitures, les costumes : tout respire la France d’après-guerre, dans une ambiance virile et un brin désuète qui flirte parfois avec la caricature testostéronée. Entre secrets d’État, baston et fidélité silencieuse, cette BD a du moins le mérite de nous replonger dans la genèse de la Vème république, cette “monarchie présidentielle” voulue par de Gaulle au tournant des sixties.
Les Gorilles du Général, tome 1, Septembre 59, de Xavier Dorison (scénario) et Julien Telo (dessin), éditions Casterman, 96 pages, 21,95€.
Consulter les planches de la BD de la page 4, de la page 29, de la page 30, de la page 31 ainsi que la page 40 en cliquant sur ce lien



