Budget : le PS rafle la mise

par Valérie Lecasble |  publié le 19/01/2026

Après trois mois de négociations où ils n’ont rien lâché, les socialistes ont remporté la plupart de leurs arbitrages sur la Sécurité Sociale et le budget. Grâce au 49-3, ils ne sont pas contraints de voter le budget sans pour autant censurer le gouvernement. Un deal gagnant-gagnant pour Olivier Faure et Sébastien Lecornu qui s’impose comme présidentiable.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), et Boris Vallaud, président du groupe parlementaire Socialistes et Apparentés, s'adressent à la presse après une rencontre avec le Premier ministre à l'hôtel Matignon à Paris, le 22 décembre 2025. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

Quel dénouement ! Il aura fallu aux socialistes trois mois d’une ténacité sans faille pour remporter la mise. Grâce aux bonnes relations qui se sont établies entre Olivier Faure et Sébastien Lecornu et grâce à l’aparté que celui-ci a eu avec François Hollande aux 200 ans du Figaro, ils peuvent se féliciter d’une belle victoire sur le budget.

Comment pouvaient-ils rêver meilleure configuration ? Ils avaient déjà obtenu la suspension de la réforme des retraites, la mère de toutes les batailles. Dès lors, il leur fallait juste s’assurer que les deux budgets de la sécurité sociale puis des finances publiques ne contiennent pas de mesures qui soient pour eux inacceptables.

Or, non seulement, ce n’est pas le cas mais ils ont continué à marquer des points tout au long des trois mois qu’ont duré les négociations. Ils ont d’abord limité la casse sur les mesures les plus injustes, en obtenant que les prestations sociales ne soient pas gelées, et que les franchises médicales ne soient pas doublées. Ils ont même décroché des investissements supplémentaires pour les hôpitaux en passant de 2 à 3 % l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam).

Ensuite, ils auraient pu craindre un blocage sur le budget à l’issue du vote sur la Sécurité sociale, tant la droite était remontée contre les avancées que la gauche avait obtenues. Or voilà que Sébastien Lecornu leur concède la hausse de la prime d’activité, des moyens pour le logement social, des créations de postes dans l’Éducation et les repas à 1 euro pour les étudiants. Avant, comme une grosse cerise sur le gâteau, de rétablir de façon très symbolique, à 8 milliards d’euros la surtaxe sur les 300 plus grandes entreprises françaises.

Et ceci, dit sans rire le Premier ministre aux patrons, comme « une expression concrète de leur patriotisme économique » (sic). Cette surtaxe servira en effet à financer la hausse des dépenses militaires. Quant aux biens somptuaires (yachts, chalets à la montagne, tableaux), ils seront exclus du pacte Dutreil sur la transmission d’entreprises. En attendant une éventuelle taxe sur les holdings encore à l’étude.

N’en jetez plus. Le paquet-cadeau est si bien ficelé qu’avant même qu’il soit confirmé, Boris Vallaud que l’on a connu plus agressif, expliquait doctement qu’il ne voyait aucune raison de censurer le gouvernement. Olivier Faure, grand artisan des négociations, pas davantage.
Et la droite ? Grâce au ciblage sur les entreprises, le budget épargne tout à la fois les ménages dont on revalorise le barème de l’impôt sur le revenu et les collectivités territoriales si chères à la majorité sénatoriale. On ne voit guère pourquoi, du coup, elle censurerait.

Seuls grands perdants, les patrons ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Patrick Martin qui dirige le Medef et son acolyte de l’UIMM, Éric Trappier regretteront longtemps d’avoir refusé en juin 2025 le compromis que leur avait proposé la CFDT lors du conclave sur les retraites. Il leur aurait coûté bien moins cher que l’addition qui leur est aujourd’hui infligée ! Et il leur aurait évité de sortir du jeu, celui des partenaires sociaux, alors qu’ils n’ont pas de pouvoir à l’Assemblée.

L’autre leçon est que la sacro-sainte politique de l’offre imposée depuis huit ans par Emmanuel Macron aux Français vole en éclats. Non seulement, les impôts et taxes des entreprises sont augmentés mais même le fameux impôt sur la production (CVAE) n’est pas diminué contrairement aux promesses initiales du gouvernement. Quant aux réductions des dépenses, elles n’apparaissent pas claires pour l’instant. À se dire que ce n’est pas Sébastien Lecornu mais Olivier Faure le Premier ministre de la France lance, en boutade, un député.

La vérité est que Sébastien Lecornu a dû tordre sérieusement le bras d’Emmanuel Macron pour lui imposer ces avancées. Sur le fond, on l’a vu, mais aussi sur la méthode. Macron privilégiait les ordonnances car avec elles, il était sûr d’avoir un budget pour la France. Lecornu n’en voulait pas car c’était pour lui, l’assurance de la censure et de la chute de son gouvernement.

Sébastien Lecornu a su faire entendre raison à Emmanuel Macron sur les deux points : faire payer les entreprises et avoir recours au 49-3. Cette démarche lui assure son maintien à Matignon jusqu’à la présidentielle s’il évite les trois motions de censure (sur les recettes, les dépenses et le budget) qu’il s’apprête à affronter au Parlement. Le connaissant, on peut penser qu’il a de bonnes chances de surmonter ce dernier obstacle.

Voilà comment, en trois mois, les socialistes ont validé, in fine, l’accord électoral avec le NFP pour les élections législatives de 2024 qui leur a permis de remporter suffisamment de députés pour être le groupe pivot par lequel passe la non-censure du gouvernement. Voilà comment également, Sébastien Lecornu, il y a peu inconnu des Français, est apparu comme solide et efficace, le seul apte à donner un budget à la France pour 2026. S’il poursuit sur la même voie, la présidentielle paraît à portée de main.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique