PS : le piège de la primaire
L’étape du budget franchie, Olivier Faure met le cap sur la présidentielle en réitérant son appel à une primaire « de Ruffin à Glucksmann ». Malgré le refus du président de Place Publique d’y participer, il se dit convaincu que celui-ci finira par céder.
Olivier Faure est tenace. Il l’a prouvé pendant les trois mois de négociations serrées sur le budget, lui qui a décroché un joli paquet de concessions (voir l’article Budget : le PS rafle la mise). L’encre du pacte de non-censure à peine séchée, le voilà qui défend, lors de ses vœux à la presse, sa nouvelle obsession : organiser une primaire, « de Ruffin à Glucksmann » pour départager à gauche les candidats à la présidentielle.
Le raisonnement est tordu : pour qu’il n’y ait en 2027 qu’un seul candidat à gauche, en plus de Jean-Luc Mélenchon, tous les autres doivent se mettre dans la seringue d’une primaire qui désignera un candidat commun. Principale visée : Marine Tondelier qui s’est déjà déclarée candidate et dont il est convaincu qu’elle ira jusqu’au bout.
Son conseil en la matière, Laurent Baumel, un vieux de la vieille, spécialiste des accords négociés lors de la Nupes et du Nouveau Front Populaire, tente de justifier cette démarche. Il se réfère à la présidentielle de 2022, où Mélenchon avait raflé les voix du vote utile pendant le week-end précédent l’élection. L’essentiel serait aujourd’hui d’éviter l’éparpillement des voix entre les Verts, les communistes et les petits partis, comme « Après » ou « Debout ».
Glucksmann, Hollande et Cazeneuve refusent le cadre
Le problème est que ni Raphaël Glucksmann, ni François Hollande, ni Bernard Cazeneuve, les trois présidentiables sociaux-démocrates, ne souhaitent y participer. Que vaut un scrutin s’il n’inclut aucun de ses poids lourds ?
Il ne faut pas sous-estimer Olivier Faure. Pour légitimer sa primaire, il a construit un stratagème. Il profite du trou d’air que traverse Raphaël Glucksmann depuis son émission ratée sur LCI pour l’appeler à rejoindre la primaire. Convaincu que celui qu’il qualifie de « meilleur d’entre nous » – il fait la course en tête dans les sondages – ne pourra s’en exclure jusqu’au bout. A 12 % dans les sondages, Glucksmann est encore loin des 20% qui l’assureraient de se qualifier, assure-t-il. Il lui faut donc créer une dynamique en créant l’unité d’emblée, lui a-t-il expliqué lors du meeting d’Emmanuel Grégoire à la Bellevilloise.
Une primaire à haut risque pour le PS
En réalité, cette primaire est dangereuse. Pas seulement parce que l’écologiste Marine Tondelier est déterminée à la remporter ; ni parce qu’un bon tribun, au cœur bien à gauche comme François Ruffin volerait la vedette, ce qui dans les deux cas, exclurait tout candidat social-démocrate de la présidentielle. Mais aussi parce que ce sont les militants des différents partis, dont le Parti socialiste, qui voteraient pour l’introniser. Olivier Faure est trop fin stratège, lui qui a remporté à quatre reprises le Congrès du PS, pour ne pas savoir à quel point ce type de scrutin l’avantagerait.
Depuis le dernier Congrès de Nancy, le PS lui est acquis et les membres des autres partis sont moins nombreux. Homme d’appareil, il excelle à conquérir les voix des militants auprès desquels il sait mouiller sa chemise à bon escient. Or, scotché à 5 % dans les sondages malgré ses interventions quasi-quotidiennes à la télévision pendant les débats sur le budget, Olivier Faure n’est pas le mieux placé pour concourir à la présidentielle, un rêve secret qu’il cache de moins en moins. Les trois autres candidats sociaux-démocrates, Glucksmann, Hollande et Cazeneuve, le seraient davantage que lui, eux qui prônent une recomposition politique plus large à la faveur du macronisme finissant.
Le piège est évident. Cette primaire a comme vrai objectif de « gauchiser » la candidature socialiste à la présidentielle et d’en exclure ceux qui peuvent gêner Olivier Faure dans son ambition élyséenne. En essayant d’attirer Glucksmann dans les rets de la primaire, il prend soin de ne citer ni Hollande ni Cazeneuve, comme pour les exclure d’emblée. Il focalise son effort pour l’attirer sur celui dont il se sent le plus proche, Raphaël Glucksmann, qu’il a choisi à deux reprises comme candidat aux élections européennes. Et ainsi, il le piège en le ramenant là où il ne veut pas aller : être le supplétif du PS alors que le président de Place Publique a créé son propre parti en vue d’une recomposition politique bien plus large. Enfin, il renvoie la balle d’un éventuel échec à la présidentielle sur les récalcitrants qui refusent d’intégrer la primaire.
Rares sont ceux qui croient que ce jeu de dupes peut aller jusqu’au bout, tant il est fragile. En attendant, il permet à Olivier Faure de « tenir » autour de lui les candidats des autres partis, au profit de sa seule dynamique personnelle.



