PS : le vote jivaro

par Laurent Joffrin |  publié le 07/06/2025

Réélu, Olivier Faure se retrouve à la tête d’un parti qu’il a réduit comme peau de chagrin. Il veut désormais jouer un rôle dans une gauche également jivarisée.

Laurent Joffrin - Photo JOEL SAGET / AFP

Un saucisson coupé en deux reste un saucisson, et si on le coupe encore en deux, c’est encore un saucisson. Telle est la raison pour laquelle le Parti socialiste, réduit de moitié, puis encore de moitié depuis 2017, est toujours là.

À l’instar des derniers des Mohicans, quelque 12 000 adhérents ont donc reconduit Olivier Faure à la tête du PS. Ses partisans célèbrent sa résilience et sa longévité à son poste. Après tout Mitterrand, Jospin ou Hollande se sont maintenus en selle avec la même opiniâtreté. Mais de leur temps, le PS dépassait les 100 000 adhérents…

Ce vote Jivaro augure mal de la suite. Les opposants proposaient le renouveau et l’autonomie. Olivier Faure promet la continuité et la dépendance. Car il a gagné en agitant l’amulette de l’Union : nous ne savons pas très bien qui nous sommes, mais nous nous unissons aux autres, ce qui nous donne une posture, à défaut d’une personnalité. En avant, donc, pour une union de la gauche du pauvre, de Glucksmann à Ruffin. Avec un premier bémol : Glucksmann ne veut pas en entendre parler, ce qui réduit aussitôt l’envergure du projet.

Dès lors le risque est patent : on organise une primaire avec les Verts étiques, le PC famélique et les exclus de LFI. Sur quelle base ? Le programme du NFP, pardi ! Après tout, il a servi de charte commune à des élections législatives d’il y a un an, qu’on présente comme une victoire cosmique. Dans ces scrutins restreints, limités aux plus motivés des électeurs, la règle veut que les plus à gauche imposent leur loi. Toujours le même raisonnement : les électeurs nous ont quittés pour des formations plus à droite, il faut donc mettre le cap plus à gauche. Favoris d’un tel scrutin : Ruffin et Faure. Deux candidatures de témoignage qui n’ont aucune chance de faire le poids face à un Mélenchon féru d’expérience et de volonté de pouvoir.

En reconduisant une stratégie qui a protégé les dirigeants actuels du PS mais n’a pas fait gagner une voix à la gauche, toujours confinée à 30%, le PS se condamne à l’enfermement dans un rôle protestataire, certes utile, mais qui n’a aucune chance de lui permettre de gouverner le pays. L’union des faibles donne rarement de la force.

C’est en s’affirmant, en renouvelant sa doctrine, en tenant compte de la nouvelle donne mondiale, en se hissant à la hauteur de la crise française, que le PS avait une chance d’échapper au déclin. Est-il trop tard ? Sans doute. Sauf si une initiative naît, qui refuse la résignation.

Laurent Joffrin