PS : tous contre un

par Valérie Lecasble |  publié le 11/04/2025

Une gauche populaire, pro-européenne et anti-LFI, pour battre l’extrême-droite, et faire émerger un candidat social-démocrate à la présidentielle : réunis sur un seul texte d’orientation, ses trois opposants, Hélène Geoffroy, Nicolas Mayer-Rossignol et Philippe Brun, mettent Olivier Faure sur la défensive. Tandis que Boris Vallaud continue de faire cavalier seul.

Hélène Geoffroy (Photo Matthieu Delaty) - Nicolas Mayer-Rossignol (Photo Magali Cohen) - Philippe Brun (Photo Amaury Cornu) - Olivier Faure (Photo Ludovic MARIN) - Boris Vallaud (Photo Magali Cohen)

Olivier Faure, l’assiégé

Comment va-t-il se sortir de ce pétrin ? Le voilà seul avec ses 37 % pour affronter ses adversaires qui ont fusionné leurs trois contributions en un seul texte d’orientation qu’ils vont élaborer ensemble dans une motion destinée à le renverser. Ils pèsent à eux trois 45 % : la bataille promet d’être serrée, d’autant que Boris Vallaud, son ex-ami devenu ennemi, persiste avec ses 17% à faire cavalier seul, refusant pour l’instant de se ranger d’un côté ou de l’autre.
Pour celui qui tient depuis sept ans les rênes du Parti Socialiste, c’est l’heure de vérité. Il s’est maintenu depuis la fin du quinquennat Hollande grâce à son alliance avec LFI jusqu’à se convaincre qu’elle allait lui faire perdre le Congrès. Sa rupture – trop – récente avec LFI ne suffit pas à le sauver, ses jours pourraient être comptés.

Hélène Geoffroy, la cheville ouvrière

Parmi les opposants à Olivier Faure, elle n’est jamais montée en première ligne alors que c’est elle qui tient la ligne. Celle qui apporte aujourd’hui ses troupes à la coalition des anti-Faure est sans doute la plus structurée de la bande. Travailleuse, elle sait brandir le fer et monter au créneau à bon escient. Soutenue par Patrick Mennucci, Marie-Arlette Carlotti ou encore Jean-Christophe Cambadélis, elle bénéficie de l’expérience des anciens mais a une faible notoriété et reste handicapée pour rassembler par son orientation pro-Hollande. Avec tout le boulot qu’elle abattu, elle mérite de gagner rétorquent ses partisans. Osera-t-elle se lancer ?

Nicolas Mayer-Rossignol, le retour

A la tête du courant le plus important opposé à Olivier Faure, il peut légitimement prétendre à sa succession, d’autant qu’il compte à ses côtés de solides personnalités telles que Carole Delga, Anne Hidalgo, ou Karim Bouamrane. Mais tous ne croient pas en son étoile, y compris au sein de son propre camp. La violence de l’altercation au dernier Congrès du PS à Marseille, où il a échoué de peu à détrôner Faure, a laissé un goût amer à certains militants qui ne souhaitent pas rejouer le match. Il s’est maladroitement prononcé pour Raphaël Glucksmann pour la présidentielle, ôtant toute chance à un candidat non-socialiste de s’y présenter. Le mieux placé sur le papier, il n’est pas forcément le plus désiré.

Philippe Brun, l’outsider

Le jeune membre de la Commission des finances à l’Assemblée nationale a du talent. Il s’est fait remarquer lors de la discussion budgétaire comme le plus capé à gauche sur les questions économiques et financières. S’il a déposé la troisième contribution opposée à Faure, il n’est pas à la tête d’un courant, ce qui lui offre l’atout de pouvoir départager les deux principaux prétendants que sont Geoffroy et Mayer-Rossignol. Mais à 33 ans, le député de l’Eure est encore vert. Même si, issu du courant d’Olivier Faure , il peut brasser plus large au sein des militants plus à gauche dans ce Congrès où en fin de course chaque voix comptera.

Boris Vallaud, l’arbitre

Il a tenté sa chance et espérait rafler la mise en unissant les courants contraires mais sa candidature n’a pas provoqué la dynamique de rassemblement qu’il espérait. Convaincu de ses qualités, il s’est placé au-dessus de la mêlée, tel un Bernard Cazeneuve, sans pour autant plonger dans le grand bain, attendant qu’on vienne le chercher. Aurait-il pu prendre la tête des opposants à Faure ? Resté seul, il ira jusqu’au bout et déposera une motion pour compter ses voix, qui à 17%, aujourd’hui, ne lui donnent guère de chances de gagner. Son choix sera décisif au troisième tour, celui du vote pour le Premier secrétaire. Qui choisira-t-il ? « Celui qui lui permettra de se présenter à la primaire de l’élection présidentielle », assure un connaisseur.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique