PS : un budget pour gouverner

par Valérie Lecasble |  publié le 30/08/2025

Pour soutenir leur candidature à Matignon, les socialistes ont élaboré un projet crédible. La copie a l’avantage d’exister et de proposer une alternative aussi bien au budget Bayrou qu’aux outrances de LFI.

Boris Vallaud, président du groupe Socialistes et apparentés à l'Assemblée, prend la parole lors de l'annonce du projet de budget alternatif du Parti socialiste pendant l'université d'été du PS à Blois, le 30 août 2025. (Photo Bastien Ohier / Hans Lucas via AFP)

Eux, au moins, ils ont bossé pendant leurs vacances. Les socialistes, que l’on accuse volontiers de ne pas travailler, ont profité de l’été pour opposer un contre-plan au budget de François Bayrou. Après leur Congrès de juin, puis leur séminaire du 11 juillet, ils ont accéléré la cadence lorsqu’ils ont pris connaissance le 15 juillet de la copie du Premier ministre, inacceptable à leurs yeux. Prévue le 9 septembre, lors de leurs journées parlementaires, la publication de leurs travaux a été avancée au 30 août, de manière à appuyer leur demande d’accéder à Matignon dès la chute de Bayrou le 8 septembre. (voir notre précédent article Faure demande Matignon en visant l’Élysée).

Les voici donc « prêts à gouverner » avec leurs partenaires, qu’ils rencontreront dès la semaine prochaine. En présentant un projet qu’ils veulent « crédible et sérieux », ils se posent en alternative à la politique menée par tous les gouvernements successifs sous Emmanuel Macron.

Un contre-plan ? Le projet est moins austère que celui de Bayrou. Il a surtout l’avantage d’exister et, comme le souligne Olivier Faure, de ne pas peser excessivement sur les entreprises. Il répond aussi, dit Boris Vallaud, aux impératifs de la gauche : épargner les ménages modestes et soutenir leur pouvoir d’achat grâce à une baisse ciblée de la CSG pour les salariés qui gagnent jusqu’à 1920 € nets par mois (soit 1,4 smic) ; mettre à contribution les très hauts patrimoines de plus de 100 millions d’euros à travers une variante de la « taxe Zucman » ; avancer un plan de relance ; dégager des économies qui épargnent les assurés sociaux. Bref, ne pas taxer le travail mais le capital, pas les jours fériés mais les héritiers, et choisir la production contre l’austérité.

Une bouffée d’oxygène pour la gauche démocratique, qui devait jusqu’ici se contenter des travaux de LFI, comme du temps du NFP, faute d’avoir élaboré sérieusement son propre projet. En cela, il est salutaire et donne le signal du retour à la responsabilité d’une gauche réformiste, réaliste, de gouvernement.

Avec trois nuances, toutefois. La plus évidente est la suspension de la réforme des retraites, avec en point de mire un retour aux 62 ans pour l’âge de départ. Certes cette suspension ne durerait qu’un an, le temps que les partenaires sociaux se mettent d’accord sur l’âge définitif ; et son coût de 4 milliards serait financé en 2026 par une partie des 18 milliards de recettes de la taxe Zucman. Mais ce rejet total de la réforme des retraites ôte aux socialistes toute chance d’accéder à Matignon. Emmanuel Macron en a fait une ligne rouge. Or c’est lui qui tient dans ses mains la nomination du Premier ministre.

Plus grave, elle fait l’impasse sur la réaction des marchés financiers et écorne la crédibilité du projet. Les socialistes le savent bien mais arguent de la volonté des Français qui la réclament. En vérité, ils omettent d’avouer qu’elle n’était pas prévue. Elle n’a été rajoutée qu’à la toute dernière minute, sous la pression de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, FSU, Solidaires) qui en a fait un point clé de son appel à la grève le 18 septembre.

La deuxième interrogation vient de Bruxelles, avec qui Paris a négocié un effort de la France de 100 milliards d’euros jusqu’en 2029, soit 25 milliards par an. L’étirement de la réduction du déficit public à 2,8% jusqu’en … 2032, soit en 7 ans au lieu de 4, contredit ces engagements.

Le PS explique que les 44 milliards imposés par Bayrou dès la première année représentent un effort excessif, qui plongerait la France dans l’austérité, diviserait par deux le taux de croissance et porterait le taux de chômage à 9%. Mais en réduisant l’effort à 21,7 milliards en 2026, ils envoient un mauvais signal et font douter de la volonté française de juguler la dette. Au passage, l’écart entre les 44 milliards sur lesquels Bayrou s’est arc-bouté et les 21,7 milliards que proposent les socialistes paraît ôter toute possibilité de négociation entre les deux parties même si, à peine le projet connu, le cabinet du Premier ministre appelait sur leur portable les négociateurs socialistes pour en discuter avec eux…

La troisième incongruité consiste à proposer un plan de soutien du pouvoir d’achat de 6 milliards avec la baisse de la CSG, au moment même où l’on demande aux Français des efforts sur le budget. Et que dire du plan de relance de 10 milliards de l’investissement pour le logement et les services publics (transports, énergie, hôpital, ehpads, écoles et crèches) alors que la priorité est à l’efficacité des dépenses plutôt qu’à l’augmentation de leur montant déjà considérable ?

Il s’agit d’un budget de gauche, rétorquent les socialistes, d’un budget juste, qui redonne du pouvoir d’achat aux classes populaires et relance l’économie en taxant les hauts patrimoines et pas trop les grandes entreprises. « C’est un nouveau chemin pour la France où il n’y aura pas d’année noire pour les plus modestes », conclut Patrick Kanner, l’un des plus conciliants, mais qui s’est senti floué par les promesses non tenues du gouvernement Bayrou.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique