PSG : l’envers d’une victoire
Derrière le talent d’une équipe, il y a surtout une opération de « soft power » louche financée à coups de milliards d’euros et une coupe qui tient autant des jeux du cirque que d’une compétition sportive.
Par une nuit électrique, le PSG a donc battu l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions. Scènes de folie dans les rues de la capitale, parade sur les Champs et illuminations de la Tour Eiffel. Les médias n’ont pas lésiné sur les superlatifs. Paris « c’est magique » , n’est-ce pas ? Et si on réfléchissait un peu ?
Depuis l’arrivée du Qatar en 2011 le PSG n’est plus un club français mais la filiale d’influence d’un État du Golfe. Une machine à cash dont le Président est inculpé pour corruption. L’émirat a investi plus de 2,5 milliards d’euros dans cette affaire. Quant à l’Inter Milan, il est la propriété d’un fonds d’investissement américain qui l’a acquis pour 1,3 milliards il y a quelques mois. Transferts records, salaires astronomiques : le budget du PSG atteint 800 millions et celui de l’Inter Milan 300 millions.
En regard, la plupart des clubs de foot en province peinent à survivre. Le football français fonctionne à deux vitesses et la financiarisation des uns côtoie le dénuement des autres. À Niort, Dunkerque ou Rodez les budgets tournent a moins de 5 millions d’euros. Bordeaux , Sochaux, Nancy ont d’ailleurs sombré. Le club de la capitale bénéficie, lui, de généreux sponsors qui le mettent glorieusement au service d’intérêts étrangers. Le PSG capte la moitié des revenus de sponsoring de toute la Ligue 1 : 380 millions d’euros contre … 7 pour le stade de Reims. Enfin, et en dépit des efforts de quelques collectivités locales, la plupart des stades de province sont vétustes et mal entretenus. Le PSG, lui , prévoit de dépenser plus d’un milliard d’euros pour son prochain déménagement du Parc des Princes.
Peu importe dit-on, la liesse populaire justifie tout. C’est vite dit. Derrière quelques vrais amateurs de sport comment ne pas voir la vulgarité des tribunes, comment ne pas entendre les chants homophobes, comment accepter les défoulements violents d’après match ? Derrière les drapeaux du club comment ne pas remarquer celui de pays peu recommandables voire les couleurs d’un islamisme militant ? Et dans les rues de Paris ce défilé de tribus éclatées et beuglantes ….
Quand l’engagement politique est déconsidéré, le travail incertain, la famille éclatée, l’école larguée, le club fétiche devient une fiction de fierté à laquelle il est facile de se raccrocher . Surtout quand il faut oublier la cité anonyme d’où l’on vient. Cette identification cache un malaise profond, une solitude collective, une recherche d’identité et parfois une rage refoulée. Ce n’est pas leur club, ce n’est pas leur ville souvent, ce n’est pas vraiment leur victoire. C’est une passion factice, un rêve emprunté , pour remplir ce vide que ni la République ni la société ne savent plus combler.



