Quelle primaire à gauche ?
Si la gauche veut avoir une chance de figurer face au RN au second tour de la présidentielle, elle doit se départager. Un casse-tête alors qu’ils sont une dizaine de candidats sur la ligne de départ. Jean-Luc Mélenchon ira, c’est sûr, pour LFI. Mais qui pour porter le flambeau de la gauche républicaine ?
Qui, à gauche, sera candidat à la présidentielle de 2027 ? Le Rubik’s cube tourne au casse-tête au fur et à mesure que l’échéance se rapproche.
Une certitude : Jean-Luc Mélenchon sera candidat pour La France insoumise. Pour le reste, ça se bouscule au portillon. Clémentine Autain pour l’Après, François Ruffin pour Debout ! Marine Tondelier pour Les Verts se sont déjà mis sur les rangs. Le communiste Fabien Roussel n’y a pas renoncé. Quant aux sociaux-démocrates, Raphaël Glucksmann, François Hollande et Bernard Cazeneuve, ils se préparent mais n’osent pas encore se déclarer. Pas plus qu’Olivier Faure, qui avance lui aussi masqué. Ce qui a conduit l’audacieux Jérôme Guedj à se lancer.
Une primaire sans Mélenchon
Comment départager tout ce beau monde pour avoir une chance qu’un candidat de gauche — autre que Jean-Luc Mélenchon — figure au second tour de l’élection présidentielle, face au Rassemblement national ? La question, cruciale, agite la gauche, qui espère la trancher au lendemain des élections municipales.
Pour y répondre, le Premier secrétaire du PS a imaginé un double stratagème : proposer une primaire de la gauche, de « Ruffin à Glucksmann », sans Jean-Luc Mélenchon, avec l’intention qu’un seul parmi tous émerge pour affronter le RN. Mais aussi pour s’y inviter lui-même, en espérant user d’une tactique à laquelle il excelle pour la remporter. D’une réunion à l’autre, une date a même été fixée, le 11 octobre, pour organiser un scrutin censé attirer jusqu’à 2 millions d’électeurs.
Seulement voilà, rien ne se passe comme il l’aurait voulu. Raphaël Glucksmann, le seul pour l’instant à émerger dans les sondages, refuse obstinément de participer à cette primaire, replié sur son propre parti Place publique, pour s’imposer via l’opinion. François Hollande, membre du PS, et Bernard Cazeneuve, qui préside La Convention, n’iront pas non plus. Tous trois sont en effet convaincus que cette primaire profiterait davantage à des candidats plus à gauche qu’eux, à savoir Marine Tondelier ou François Ruffin, les deux présumés favoris. Même Fabien Roussel a refusé la proposition. Il estime que, faute d’un candidat à la présidentielle, le Parti communiste manquera d’élus aux élections législatives.
Le PS face à ses divisions
Et voilà que Boris Vallaud, le frère ennemi d’Olivier Faure, joue à son tour les trouble-fête en déclarant au Nouvel Obs que l’issue de cette primaire ne suffirait pas à battre l’extrême droite. Il plaide désormais, comme les sociaux-démocrates, pour que la gauche s’accorde sur une plate-forme programmatique commune avant de choisir un candidat.
L’initiative de son président de groupe à l’Assemblée nationale met Olivier Faure dans l’embarras. « Vallaud vient de clouer le cercueil de la primaire », conclut un connaisseur. Par un curieux hasard, la presse publie dans la foulée une ébauche de programme qui émane du Parti socialiste en vue de 2027. Trop proche des idées de LFI, jugent les uns. Pas abouti, renchérissent d’autres. Pas plus que ne le serait le programme élaboré par Place publique, jugé trop à droite. Adepte de la « démarchandisation », Boris Vallaud se fait fort, assure-t-il, de rassembler tout le monde. Une façon d’exister avec la même promesse que lors de sa candidature avortée au poste de Premier secrétaire.
Ces tergiversations témoignent, s’il le fallait, de l’impossibilité que tous ceux-là ont à s’entendre sur une primaire de la gauche qui paraît désormais mort-née. Dès lors, comment procéder ? « La question est : comment départager des candidats sans vote ? », interroge, faussement naïf, Olivier Faure.
Ses opposants au sein du PS ont la réponse. La seule solution, plaident-ils, serait une candidature sociale-démocrate unique, issue d’une primaire interne réservée au Parti socialiste. Le candidat élu profiterait alors de la dynamique pour embarquer derrière lui les autres partis de gauche, y compris Les Verts, qui de toute façon peinent à se rassembler.
Avant d’ajouter : pourquoi ne pas élargir cette primaire à une fédération sociale-démocrate qui agrègerait aussi Place publique (Glucksmann) et La Convention (Cazeneuve) ?
On n’en est pas là. Olivier Faure sait qu’une telle configuration obérerait toute chance pour lui d’être candidat à la présidentielle. Il a promis aux militants un vote du PS au lendemain des municipales pour trancher la question.
À ce stade, laissons-lui, et aux autres, le crédit de préférer l’intérêt général à leur ego particulier. Même élu député de l’année, le succès de sa négociation avec Sébastien Lecornu sur le budget ne l’a pas fait décoller de son plancher de 5 % dans les sondages. Or, le Premier secrétaire du PS le sait : l’enjeu est plus grand qu’un quelconque destin personnel. Il s’agit ni plus ni moins d’empêcher l’extrême droite de s’emparer de l’Élysée.



