Qui a tué Quentin Deranque ?
Pour l’instant, le procureur de la République de Lyon reste prudent dans le cadre de l’enquête qui a requalifié le meurtre du jeune identitaire en « homicide volontaire ». Six individus cagoulés et masqués ont porté des coups fatals à Quentin D., sans que les auteurs ne soient encore identifiés.
Qui a tué Quentin Deranque, décédé le 14 février 2025, à 12 h 15, à l’âge de 23 ans ? La conférence de presse tant attendue du procureur de la République de Lyon n’a guère donné de réponse à cette question. Tout juste sait-on que six individus seraient impliqués et que les enquêteurs sont en train de les identifier, sans les avoir encore interpellés dans le cadre d’une enquête criminelle pour homicide volontaire, avec trois circonstances aggravantes : en réunion, masqués et porteurs d’armes. Les auteurs des coups assénés à Quentin Deranque n’ont pas encore été formellement identifiés.
Les faits survenus à Sciences Po Lyon
On sait juste que lorsque, le 12 février, l’activiste Rima Hassan intervient à 17 h 30 lors d’une conférence à l’Institut d’études politiques de Lyon, où elle a été invitée, sept jeunes femmes membres de Némésis, une organisation qui accuse les immigrés de violences sexuelles, scandent des slogans devant l’établissement. Plusieurs individus s’en prennent à elles et exercent des violences sur deux d’entre elles, sans que leurs amis présents, qui devaient les aider, n’interviennent.
À 18 h, vingt individus masqués et cagoulés s’acharnent sur trois personnes isolées dont deux s’enfuient. Quentin Deranque est jeté au sol et frappé par au moins six personnes. Quentin reste au sol puis se traîne, avec l’aide d’un ami, jusqu’à un abribus, où celui-ci l’allonge avant d’appeler les secours. Son pronostic vital est immédiatement très largement engagé. Il décède quelques heures plus tard, avant que son autopsie révèle des lésions mortelles à la tête, avec un traumatisme crânio-encéphalique majeur et une fracture sévère. Ce qui conduit le procureur Thierry Dran à requalifier l’enquête en homicide volontaire avec l’intention de tuer. Quinze témoins sont entendus, toutes les vidéos disponibles sont analysées, sans pour autant que les auteurs aient, pour l’instant, été formellement identifiés.
Une enquête sous forte pression politique
Dans sa description chirurgicale de la situation, le procureur Thierry Dran n’a donc guère apporté d’eau au moulin de ceux qui soupçonnent LFI d’être le deus ex machina de ce meurtre. Il n’a pas démenti, mais n’a pas non plus confirmé ce que soupçonne une bonne partie de la classe politique, à savoir l’implication, dans le décès de Quentin Deranque, de la Jeune Garde et de son fondateur Raphaël Arnault, devenu député LFI (lire l’éditorial LFI et Quentin D.). Enfin, il n’a pas commenté le retrait provisoire de son assistant parlementaire Jacques-Élie Favrot des couloirs de l’Assemblée nationale, à la demande de Yaël Braun-Pivet, le temps que l’enquête se déroule.
Le temps de la justice n’est pas celui de la classe politique, a semblé dire le procureur, qui n’a pas droit à l’erreur — « je suis un magistrat ». Il attend donc d’avoir des certitudes avant de se prononcer. Selon des informations qualifiées par TF1-LCI d’exclusives, cinq suspects seraient identifiés. Thierry Dran n’a, en tout cas, livré le nom d’aucun d’entre eux, tenant à calmer le jeu et à souligner l’importance que l’enquête suive sereinement son cours…
À l’écouter, on mesure le fossé qui sépare le temps judiciaire du temps médiatique. Le faisceau d’indices a naturellement orienté le débat politique autour de la responsabilité de LFI, entretenue, il est vrai, par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, qui a affirmé au 20 heures de France 2 que « manifestement, c’est l’ultragauche qui était à la manœuvre (…) avec la possible implication du groupe antifasciste “La Jeune Garde”, selon certains témoignages. (…) C’est à l’enquête judiciaire en cours de l’infirmer ou de le confirmer », a-t-il conclu.
Ce que le procureur de la République de Lyon a manifestement refusé de faire à ce stade. Le suspense est prolongé. Et la classe politique condamnée à attendre…



