Qui protège Rachida Dati ?
Malgré les révélations sur le versement sans contreparties apparentes de 900 000€ par Renault, puis sur un éventuel conflit d’intérêt pour 250 000€ par GDF-Suez, la ministre de la Culture semble ne se soucier de rien.
Mise à jour : Mardi 22 juillet, les juges d’instruction ont renvoyé l’affaire Dati devant le tribunal en vue d’un procès dont la date sera décidée le 29 septembre. Question : se tiendra-t-il avant ou après les élections municipales ?
Les chiens aboient, la caravane Dati passe. Jeudi 5 juin, France 2 diffusait un Complément d’enquête sévère pour la ministre de la Culture, battant son record d’audience de la saison. L’émission d’investigation affirmait montrer, preuves à l’appui, l’implication douteuse de Rachida Dati dans des prestations hasardeuses en faveur de Renault puis de GDF-Suez. Au même moment, la ministre de la Culture paradait parmi les stars invitées par Brigitte et Emmanuel Macron au dîner de gala donné à l’Élysée en l’honneur du président brésilien Lula.
Certes, Emmanuel Macron fut, dit-on, furieux de découvrir dans cette enquête fouillée un document embarrassant. Un enregistrement sonore confirme en effet l’existence d’un pacte qu’il avait publiquement démenti : il a promis à Rachida Dati qu’elle serait la candidate de la macronie pour la mairie de Paris en échange de son entrée au gouvernement, qui manquait de personnalités saillantes. Le choix du maroquin de la Culture avait pour objectif de préparer sa candidature. Plus largement, Complément d’enquête détaille pendant plus d’une heure les méthodes de l’ambitieuse Dati : l’intimidation, l’invective, et le mensonge destinés à nier les soupçons de malversations dont elle est l’objet et dont le documentaire démontre pour l’essentiel la crédibilité.
Dès lors, une question délicate se pose : depuis bientôt quatre ans, Rachida Dati est mise en examen pour avoir touché 300 000€ par an pendant trois ans, soit 900 000€, pour des prestations chez Renault dont elle ne parvient pas à montrer l’existence ; il y a six mois, le Parquet National Financier (PNF) a réclamé une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. Pourtant la justice reste inerte. Certes, ses avocats ont tenté sans succès d’invoquer la prescription des faits, ce qui a retardé la procédure. Mais tout de même…
Voici donc une ministre de la République qui concourt pour la mairie de Paris sans que les Français sachent si les accusations précises dont elle est l’objet méritent ou non une condamnation. L’émission révèle en outre qu’elle avait déposé plusieurs amendements gaziers lorsqu’elle était députée européenne tout en faisant transiter par un cabinet d’avocats une facturation de deux fois 125 000€, soit 250 000€ à GDF-SUEZ ce qui contrevient aux règles du Parlement européen. Interrogé pour savoir de qui dépend désormais la procédure, un responsable au Parlement répond : de la justice française. On a connu celle-ci plus pressée comme lors de l’affaire Fillon, quand les juges ont miné en quelques semaines la candidature de l’ancien Premier ministre.
On n’ose envisager que les réseaux de Rachida Dati, aussi proche d’un Henri Proglio que d’un Nicolas Sarkozy, aient pu cette fois-ci la ralentir… Convaincant de l’avis général, même si certains, comme Jean-Francois Copé, l’ont trouvé à charge sans pour autant vouloir le démentir, le document de Complément d’enquête change la donne : plus personne ne pourra dire qu’il ignorait tout des affaires de madame Dati. Pourra-t-elle poursuivre son bonhomme de chemin comme si de rien n’était en accusant – à l’instar de son mentor Nicolas Sarkozy – les uns et les autres de l’attaquer avec malhonnêteté ? Peut-être. N’empêche qu’avant de mettre dans l’urne un bulletin à son nom aux élections municipales de mars prochain, les Parisiennes et les Parisiens pourraient se demander s’il est judicieux de laisser les clés de Paris et de son budget à celle qui semble se moquer à ce point de la déontologie des affaires.



