Qui va tirer parti du « tout sauf LFI » ?
L’inversion du front républicain, devenu cartel contre les Insoumis, rebat les cartes. RN, droite modérée et gauche sociale-démocrate rivalisent pour profiter de l’affaiblissement espéré de LFI.
La tragédie de Lyon n’en finit pas de secouer le paysage. Jean-Luc Mélenchon est l’objet d’un tir nourri contre ses méthodes et ses protégés. Le lider maximo persiste et signe, conservant sa confiance et son admiration pour la Jeune Garde, malgré son implication dans le meurtre de Quentin Deranque : « Nous approuvons leur résistance », a-t-il lancé, bravache. Il s’offre ainsi en cible, récupérant le mistigri de la diabolisation jusqu’ici réservé à l’extrême droite. Un renversement de situation dont on ne sait encore à qui cela profitera le plus.
Mélenchon ciblé après la tragédie de Lyon
Première inconnue : les Insoumis vont-ils pâtir de la stratégie de citadelle assiégée choisie par Jean-Luc Mélenchon ? En refusant de lâcher le député LFI fondateur de la Jeune Garde, et en présentant les militants de cette mouvance de gauche ultra comme des « résistants », sera-t-il suivi par ses électeurs ? Il est possible que le noyau dur des Insoumis tienne bon. Mais leur progression peut être freinée, notamment lors des municipales. Empêchant parfois leur candidat d’atteindre la barre de 10 % et d’exercer leur force de nuisance.
Deuxième inconnue : la gauche sociale-démocrate peut-elle prendre le dessus ? Mélenchon donnant des verges pour se faire fouetter, c’est l’occasion rêvée pour les modérés du PS d’imposer leur stratégie de rupture. François Hollande a clairement indiqué le chemin. Pas question de s’allier avec un parti qui encourage la violence. Et tant pis si cela gêne ceux qui rêvent encore d’une union de la gauche avec un partenaire infréquentable. Demain aux municipales, après-demain à la présidentielle, c’est la condition pour prendre le lead à gauche. Et avoir un espoir de figurer au second tour de la présidentielle.
PS, centre et droite en quête d’avantage
`Troisième inconnue : jusqu’où la droite et le centre peuvent-ils se refaire une santé en désignant un ennemi public numéro 1 à gauche ? Fini le front républicain contre le RN, c’est désormais « Tout sauf LFI ». Cette posture a un avantage pour la droite : elle donne un objectif clair à un camp à bout de souffle après près de dix ans de macronisme. Mais elle est aussi ferment de division : il y a les tenants du ni-ni (ni RN, ni LFI) et les partisans du anti-LFI tout court. Ces derniers semblent pencher de plus en plus pour la fameuse et de moins en moins fumeuse union des droites, à laquelle les plus modérés restent hostiles. Pas commode pour dégager un candidat commun à la présidentielle.
Dernière inconnue : le RN va-t-il ramasser la mise ? La polémique sur la responsabilité de LFI dans la tragédie de Lyon arrive opportunément pour achever de dédiaboliser l’extrême droite. Jordan Bardella s’est jeté sur l’occasion pour réitérer ses offres de coalition anti-LFI, évoquant même la notion de « cordon sanitaire », se plaçant dans le « camp du bien » pour lutter contre le nouveau mal incarné par Mélenchon et ses affidés. Exploiter les ennuis du lider maximo lui permet à la fois d’affaiblir un rival, de diviser la gauche et de se rapprocher de la droite. Une aubaine…
Le RN tente de « ramasser la mise »
Les Français se feront juges de paix lors des prochaines échéances électorales. Les municipales seront un premier test de leur appréciation de la nouvelle donne. On saura quelle option ils veulent favoriser dans le bruit et la fureur actuels. Cautionneront-ils la conflictualisation maximum, illustrée par les propos excessifs de la députée LFI Danièle Obono à l’égard de François Hollande, traité d’« irresponsable qui participe à paver la voie au fascisme » ? Ou accentueront-ils leur défiance pour un mouvement qu’ils considèrent déjà, selon le CEVIPOF, comme bien plus dangereux que le RN ?
Une première réponse est apportée par le sondage d’Odoxa pour Le Figaro. 71 % des Français (et jusqu’à 81 % des sympathisants socialistes) pensent qu’il faut rejeter toute alliance avec LFI. Et 61 % d’entre eux (+2 depuis décembre) sont prêts à faire barrage aux mélenchonistes en votant pour une liste qui n’avait pas initialement leur faveur. Un clair avertissement aux Insoumis. Malgré toute leur colère, les citoyens n’apprécient pas l’outrance et la violence. Ils auront bientôt l’occasion de le confirmer dans les urnes…



