Rachida Trump
« Elle est capable de tout », dit-on souvent de Rachida Dati, avec un sourire entendu. Est-ce une raison pour lui confier des responsabilités éminentes, sauf à considérer que le style Trump est la nouvelle norme en politique ?
Insatiable Rachida Dati… Ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris, l’ancienne égérie de la « bande à Sarko » veut aussi se présenter à la députation dans la 2ème circonscription de Paris. Il s’agit pour elle d’empêcher Michel Barnier de ravir ce siège habituellement occupé par une personnalité de droite, qui se situe en partie sur le territoire dont elle déjà la maire. Est-ce une bonne idée ?
La mainmise de Rachida Dati sur la circonscription qu’elle tient pour son fief naturel priverait d’abord Michel Barnier, homme de droite compétent, longtemps ministre, ancien commissaire européen, puis Premier ministre, d’une présence très légitime au Parlement, où sa voix raisonnable et expérimentée serait de toute évidence utile. « Elle est capable de tout », remarque-t-on souvent en raison des sorties dont elle est coutumière, un mélange de menaces, d’invectives et de formules assassines contre ses adversaires qui amusent la galerie mais ne grandissent guère le débat public.
Dans un papier fort bien fait de France-Info, qui résume la situation créée par le duel qui s’annonce dans les 7ème et 6ème arrondissements de Paris, on rappelle qu’elle est également sous la menace d’un procès pour corruption et trafic d’influence passif. Légalement, cela ne l’empêche pas de concourir à de prochaines élections. Mais on peut aussi rappeler le temps où l’on considérait, sous Balladur ou sous Jospin, qu’un ministre mis en examen devant de mettre en retrait en attendant que son affaire s’éclaircisse, quitte à revenir à son poste s’il était innocenté. Une « jurisprudence Balladur » bien oubliée, ce qui ne favorise guère la moralisation de la vie politique.
On lit aussi, dans le même article de France Info, la confidence d’une conseillère LR de Paris : « Elle veut être seule et unique à Paris. Elle ne veut pas qu’une tête dépasse. C’est cela la vérité (…) Il y a de l’irrationalité chez Rachida Dati. C’est impossible, on ne peut pas être candidat à tout. A la mairie, à l’Assemblée, tout en restant ministre. C’est complètement illisible, ça n’existe pas ».
Rappelons enfin, vu de gauche cette fois-ci, l’insistante campagne de la ministre de la Culture contre le service public de l’audiovisuel, qui fait écho aux obsessions de l’extrême-droite sur ce sujet, laquelle voudrait privatiser la radio et la télévision publique pour les mettre sous la coupe d’une quelconque milliardaire aux idées franchement réactionnaires, ce qui évoque les litanies agressives de Donald Trump contre les médias qui ont le front de ne pas chanter ses louanges. Rachida Dati veut unifier le service public de l’audiovisuel pour le mettre sous la férule d’une holding unique, un projet dans lequel que les adversaires du projet voient la première étape d’une mise au pas. Là aussi, il faut le craindre, la ministre « est capable de tout », ce qui fait rire – jaune cette fois-ci – les partisans du pluralisme des médias. Rachida Dati maire, ministre et députée ? Voilà un cumul qui ne servirait pas l’éthique politique.



