Reconnaissance de la Palestine : c’est le moment !

par Pierre Benoit |  publié le 21/09/2025

Face à la volonté expansionniste du gouvernement israélien, il fallait un geste politique qui réaffirme le soutien de la France à la « solution à deux États ».

Des Américains pro-Palestine et pacifistes se rassemblent et marchent en direction de l'ONU, quelques jours avant la 80e semaine de l'Assemblée générale des Nations Unies, le jeudi 18 septembre 2025, à New York. (Photo Selcuk Acar / Anadolu via AFP)

Au soir du 22 septembre, l’État de Palestine devrait être reconnu par une dizaine de pays supplémentaires siégeant à l’Onu. Aujourd’hui ils sont 148 à l’avoir déjà fait. La France est à la tête de ce mouvement de reconnaissance entraînant dans son sillage l’Australie ou le Canada et plusieurs « poids lourds » européens comme le Royaume-Uni. « Une faille nouvelle s’ouvre au sein des pays occidentaux », soulignait voici quelques jours dans nos colonnes l’ancien ambassadeur palestinien à l’Unesco, Elias Sanbar.

On aurait tort de voir dans cette reconnaissance une sorte de point final. L’année dernière déjà, l’Irlande et l’Espagne avaient reconnu la Palestine sans la moindre conséquence diplomatique. Cette fois, l’initiative française a déclenché la fureur de Netanyahou qui s’est exprimé vertement dans un courrier adressé à Macron, jugeant que reconnaitre la Palestine, c’était « soutenir le Hamas ».

En fait, Netanyahou devrait plutôt s’en prendre à lui-même. Le climat entre Paris et Jérusalem s’est dégradé après la rupture de la trêve à Gaza au début de l’année. La fuite en avant du premier ministre israélien, les bombardements systématiques des Gazaouis, sont à l’origine de cette initiative franco-saoudienne.

Paris et Ryad sont tombés d’accord pour imaginer une issue à la crise dévastatrice qui ravage la région : relancer l’idée d’une solution à deux États. Autrement dit renouer avec l’esprit des accords d’Oslo, mais en commençant d’entrée de jeu par poser les jalons d’un État palestinien. « Nous avons changé de paradigme, explique le franco-israélien Ofer Bronchtein, conseiller de Macron et militant pour la paix. Jusqu’à présent, on se disait qu’Israéliens et Palestiniens allaient négocier et qu’au bout des négociations il y aurait un État palestinien. Avec brio, Netanyahou a tout fait pour laisser pourrir la situation. En une quinzaine d’années il a donné un peu au Hamas, un peu à l’Autorité palestinienne et il n’y a jamais eu de dynamique de négociation. Au lieu d’attendre la fin d’un processus pour bâtir un État palestinien, on commence par ce principe : il y aura un État palestinien et un État israélien qui vont échanger d’égal à égal ».

Au printemps, la Ligue arabe soutenait cette initiative en y mettant une condition de taille : le Hamas devait quitter le gestion politique et administrative de l’enclave palestinienne. Lors d’une réunion des ministres de la région, le 29 juillet à New-York des pays comme l’Égypte et les Émirats arabes unis ont adopté une résolution indiquant que le Hamas devait lâcher Gaza et rendre ses armes à l’Autorité palestinienne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Elias Sanbar livrait une autre précision : « le Hamas a donné son accord pour que la totalité de la bande de Gaza soit administrée par des personnalités palestiniennes civiles indépendantes ». Aujourd’hui, le blocus humanitaire, le déplacement des Gazaouis, l’épuration ethnique ont conforté les gouvernements qui ont opté pour la reconnaissance.

Ce n’est pourtant pas une priorité pour tout le monde : les affects ne jouent pas partout de façon identique, en Allemagne par exemple. Une telle réticence existe aussi en France dans la communauté juive mais pas uniquement, avec pour argument principal : ce n’est pas le moment.

De retour de Jérusalem, à la veille de la réunion de l’Onu, Ofer Bronchtein note cependant : « les Israéliens vivent un traumatisme depuis deux ans. Ils se sont refermés sur eux même, ne s’intéressent qu’à la guerre, aux soldats, aux otages. Ils ont perdu une partie de l’empathie qu’ils avaient pour les Palestiniens. Et malgré cela, malgré le lavage de cerveau inouï du gouvernement, ils sont 80% à vouloir la fin de la guerre et 54% d’entre eux disent qu’ils sont prêts à reconnaître un État palestinien, si l’Arabie Saoudite reconnaît Israël ».

La « solution à deux États » tourne le dos à quatre-vingt ans d’affrontements en ouvrant un autre chemin que la guerre sans fin. Cette perspective, à l’évidence, ne sera pas simple à concrétiser mais elle est forte et lucide : elle met d’entrée de jeu sur la table une double légitimité, celle de deux peuples existant dans deux États aux frontières reconnues.

D’une certaine façon, on en revient aux fondamentaux : la résolution de l’Onu d’octobre 1947 sur le partage de la Palestine mandataire stipulait la création de deux États, l’un pour les juifs, l’autre pour les arabes palestiniens. Il est plus que temps face à la mise en route à marche forcée du « grand Israël » par la coalition dirigée par Netanyahou.

Pierre Benoit