Réenchanter le travail ? Paroles, paroles…

par Gilles Bridier |  publié le 16/07/2025

Pour réduire le déficit commercial et rendre des marges de compétitivité aux entreprises, le Premier ministre souhaite réconcilier le pays avec le travail. Reste à trouver comment.

François Bayrou a pour objectif de ramener le déficit à 4,6 % du PIB l'an prochain, contre 5,8 % en 2024, dans un contexte international volatile et incertain, marqué par des tensions commerciales. (Photo Thomas SAMSON / AFP)

« En avant la production ! », a martelé François Bayrou en présentant les grandes lignes de son projet de budget. Comme un autre Béarnais, plus illustre, voulait rallier ses sujets à son panache blanc. Car avant que l’État-providence puisse distribuer des richesses, il faut les produire: une tautologie revendiquée par le Premier ministre.

Las ! L’entreprise France accumule les baisses de régime. Un exemple : alors que la balance commerciale était encore à l’équilibre au tournant du siècle, le solde a été déficitaire de 81 milliards d’euros en 2024. Le redressement constaté après les 150 milliards de déficit en 2022, en sortie de crise Covid, ne doit malheureusement pas faire illusion: on reste loin des niveaux d’avant crise, et les résultats établis par les douanes au premier trimestre 2025 révèlent une nouvelle détérioration du solde du commerce extérieur par rapport à la fin 2024. Ainsi, en vingt-cinq ans, la France a vu se réduire de moitié sa part de marché dans les exportations mondiales de marchandises, à 2,6% dans le commerce international soit trois fois moins que l’Allemagne. Le déclassement est réel, sans que les gouvernements qui se sont succédé sur un quart de siècle n’aient jugé prioritaire de rétablir la compétitivité des productions françaises. Aujourd’hui, la France passe à la caisse avec les conséquences de cette impéritie sur les délocalisations et l’emploi.

François Bayrou s’est donné comme objectif de lutter contre une forme de « désenchantement du pays face au travail », alors que 450.000 offres d’emploi restent non pourvues dans un pays qui compte 3,4 millions de chômeurs (catégorie A) selon France Travail. Il ne suffit pas de réformer l’assurance chômage en rendant plus contraignantes les conditions d’accès et en réduisant les durées d’indemnisation, pour « réconcilier le pays avec le travail ». Même si on a bien compris qu’une nouvelle révision des paramètres était sur le métier (bien que la nouvelle convention ne soit entrée en vigueur qu’au 1er avril dernier), ce n’est certainement pas la meilleure façon de traiter la question. La preuve : les précédentes réformes n’ont pas empêché une reprise du chômage, sous l’effet des multiples plans sociaux dans l’industrie et le commerce. Avec en plus, en début d’année, des prévisions d’embauche des entreprises françaises pour 2025 en retrait de 12,5% par rapport à 2024. Lorsque tant d’entreprises délocalisent, l’origine du problème n’est pas à chercher du côté des chômeurs, mais plutôt des entreprises qui vont chercher ailleurs les conditions de leur compétitivité.

Pour enrayer le phénomène, François Bayrou lance une réflexion afin que le financement de la protection sociale pèse moins sur le travail. En clair, il s’agit d’alléger les cotisations sociales qui pèsent sur les employeurs et les salariés en en fiscalisant une partie prise en charge par l’ensemble de la population. Comprendre par là en introduisant une TVA sociale, même si elle ne dit pas son nom à ce stade. Si cette disposition ne peut être que bien acceptée par les chefs d’entreprise, ceux-ci s’opposeront à la remise en question des aides et autres allègements de charges chiffrés à 211 milliards d’euros par le Sénat, et que le Premier ministre souhaite raboter en échange d’une… simplification des procédures administratives et autres conventions normatives.

Gageons que le patronat ne lâchera pas la proie pour l’ombre, la ritournelle de la simplification ayant donné bien peu de résultats depuis que le refrain est régulièrement repris par tous les gouvernements… sans succès. De toute évidence, pour faire baisser le coût du travail sans comprimer les rémunérations afin de ne pas désespérer les salariés, il faudra trouver d’autres solutions au moment où, sous la pression conjuguée des droits de douane américains et de la concurrence chinoise, l’enjeu de la compétitivité va être au coeur de la guerre commerciale pour l’Europe et la France.

Gilles Bridier