Retailleau : enfin les ennuis commencent
Bruno Retailleau l’a largement emporté sur Laurent Wauquiez dans leur duel pour la présidence de LR. Mais son triomphe, qui l’installe un peu plus en position de candidat pour 2027, est aussi le début des ennuis…
Nette et sans bavure. La victoire du ministre de l’Intérieur, élu à la tête de LR avec près de 75% des voix des militants, est remarquable, dans tous les sens du terme. Non seulement ce niveau de résultat est rarement atteint dans une compétition démocratique, mais il ouvre la voie à un retour crédible de la droite dans la compétition présidentielle. Éliminée du paysage depuis 2012, la voilà dotée d’un champion légitimé à la fois dans les sondages et dans le parti. C’est là que, paradoxalement, les difficultés commencent.
Le vendéen a en effet trois défis à relever avant de pouvoir se réjouir durablement de sa félicité. Il doit unir un mouvement qui, malgré son score de maréchal, reste un lieu de lutte des egos. Il doit durer au gouvernement sans abîmer son image d’intransigeance. Il doit enfin bâtir un projet qui séduit au-delà des rangs actuels de LR pour justifier une candidature à la présidentielle.
Unir son mouvement. Cela peut sembler évident un soir de victoire. Mais le bonheur de l’un ne fait pas forcément celui des autres. A commencer par le rival malheureux Laurent Wauquiez qui, tout en parlant de rassemblement, se prépare à ne rien passer au nouveau président du parti. Il a réitéré sa mise en garde contre « la dilution dans le macronisme », attaque non voilée contre Bruno Retailleau. Malgré sa défaite cuisante, le patron du groupe des députés LR n’abandonne pas tout espoir pour la suite. Pas plus que d’autres personnalités, comme Xavier Bertrand qui n’a pas salué la performance du ministre en termes lyriques…
Durer au gouvernement. Cela ne va pas être commode. L’hôte de la place Beauvau a fait le pari de la participation dans les équipes successives de Michel Barnier et François Bayrou. C’est ainsi qu’il a émergé, se faisant enfin connaître, et apprécié, de nombreux Français séduits par son style et son credo. Mais en plus de l’inévitable usure, des épreuves tangibles attendent Retailleau. Va-t-il accepter le passage à la proportionnelle ou d’éventuels impôts nouveaux ? Wauquiez a déjà prévenu que cela ne passerait pas chez ses troupes… Espérant pousser le ministre à démissionner, ce qui serait un aveu d’échec.
Bâtir un projet. C’est sans doute la tâche la plus difficile. Pour justifier une candidature de la droite en 2027, il faut une offre qui séduise plus largement que ne le fait LR aujourd’hui. Bruno Retailleau ne réunit qu’environ 10% des intentions de vote à la présidentielle, quand son concurrent au centre droit, Edouard Philippe, en rassemble plus du double. Le Vendéen a un an pour imposer un profil et un programme qui mordent sur des électeurs partis au RN ou dans le bloc central. Au point de justifier qu’il s’ajoute à la liste des candidats à l’Élysée.
Car il n’y a qu’une seule place pour un candidat à droite et au centre-droit, si ces familles veulent avoir la certitude de figurer au second tour de la présidentielle. Bruno Retailleau le sait aussi bien qu’Édouard Philippe. Partir à deux serait suicidaire. Il faut donc un arrangement entre amis en amont. Comme aucun ne veut d’une primaire ouverte, il faudra au nouvel homme fort de la droite s’affirmer de manière spectaculaire pour faire basculer le rapport de force dans les sondages. Ce n’est pas impossible, mais reste à concrétiser.
« Gagner les cœurs et les esprits… et les élections », a promis Retailleau dimanche soir. Premier test annoncé, les prochaines municipales. Le Vendéen grimpe son Himalaya pente après pente. Avec une vraie fausse modestie qui lui réussit. Et avec pour cible annoncée la « gauche mélenchonisée ». On ne se refait pas.



