Retailleau l’antirépublicain

par Régis Poulain |  publié le 25/02/2026

À un an de l’élection présidentielle, la droite durcit le ton et tente une stratégie de rupture. Sous couvert de restaurer l’autorité de l’État, l’ancien ministre de l’Intérieur propose de redéfinir en profondeur les équilibres institutionnels et démocratiques.

Dans un message adressé aux membres de son parti, l'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, le 12 février 2026, annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. (PHOTO BERTRAND GUAY / AFP)

L’annexion du nom « Les Républicains » par l’ancien parti gaulliste n’est pas assez efficace pour cacher les mesures antirépublicaines que présente son candidat. Dans une interview fleuve accordée au Figaro, l’ancien proche de Philippe de Villiers, Bruno Retailleau, égraine la liste des potions amères qu’il souhaite administrer à la France en cas de victoire en 2027. L’intéressé souhaite notamment étendre le rôle du référendum à des choix de société. Or l’appel au peuple est le plus souvent le signe d’une volonté de contournement des institutions.

La détestation de Retailleau pour les magistrats prend une nouvelle forme : il souhaite supprimer le juge d’application des peines, responsable selon lui de trop de dérives. Par cette dénomination, il faut comprendre : la capacité pour les détenus de faire valoir leurs droits, comme dans n’importe quelle démocratie. Après l’affaire Outreau, Nicolas Sarkozy voulait déjà abolir les juges d’instruction, sans succès. Vingt ans plus tard, on constate que la justice fonctionne toujours dans notre pays, mais que celle-ci pâtit surtout de son manque de moyens.

Régime d’exception et Constitution

Le Vendéen ne cache plus ses ambitions autoritaires. Il propose un régime d’exception permanent pour les quartiers dits « gangrenés » par le trafic de drogue, l’insécurité et l’islamisme, ce qui implique une réduction des libertés publiques au profit d’une action policière et administrative renforcée. Que vous viviez à Garges-lès-Gonesse ou dans le centre-ville de Montpellier, vous ne seriez pas soumis aux mêmes lois ni aux mêmes règles. Ce projet, qui se concentre évidemment sur ceux que l’ex-ministre de l’Intérieur accusait de « régresser vers les origines ethniques », viserait avant tout les populations issues de l’immigration. Rien de ceci ne peut être fait sans une modification de la Constitution.

Pour faire appliquer ses réformes et mettre en œuvre les résultats de ses plébiscites, le gouvernement Retailleau devra se débarrasser des garde-fous de la justice internationale. Au feu, la Convention européenne des droits de l’Homme, qui siège pourtant chez nous, à Strasbourg. Cela a déjà commencé : Gérald Darmanin avait outrepassé une décision de la CEDH pour expulser un ressortissant ouzbek du territoire français en 2023. Un choix arbitraire, contraire au droit international, qui souffre déjà bien assez aux quatre coins du monde sans que la patrie des droits de l’Homme ait besoin d’en ajouter.

Recul du droit en France, recul du droit dans des bouts de France, et volonté de faire de la France un État à part : le programme présidentiel de Bruno Retailleau, s’il devait être appliqué, ferait basculer la France hors de la République, dans un autre régime dont les contours restent encore à déterminer. Il le dit lui-même : « Il va falloir des changements radicaux pour changer de régime ».

Régis Poulain