Retraites : l’exception française

par Gilles Bridier |  publié le 13/11/2025

L’âge de départ en retraite en France est le plus bas de l’Union. Mais la durée de cotisation et le taux de réversion compliquent la comparaison. Une chose est sûre : partout on tend à travailler plus longtemps.

Le 27 septembre 2025 à Madrid, plus de 30 000 manifestants dénoncent les pensions minimales de seulement 300 euros. Ils réclament une réforme urgente et équitable, sans coût pour l'État, ainsi qu'une transition à parité vers le système public (RETA) de retraite par capitalisation. (Photo : Francesco Militello Mirto / NurPhoto via AFP)

Au-delà des débats strictement électoralistes sur la suspension de la réforme des retraites, entrons dans le détail des systèmes en vigueur en Europe sur la cessation d’activité. Afin de mieux se comparer. Si la suspension de la réforme Borne, adoptée le 12 novembre à une large majorité des députés,se comprend pour apaiser le débat politique, avancer sur le budget 2026 et donner aux parties concernées le temps de travailler sur de nouvelles conditions de départ, on voit mal comment le système français pourrait demeurer en retrait d’une tendance européenne, compte tenu de conditions de vie et d’économies comparables dans les autres pays confrontés aux même impératifs que la France. Suspension n’est pas abrogation.

Selon les États, le total de dépenses de retraites par rapport au produit intérieur brut (PIB) peut varier du simple (de l’ordre de 7% pour la Lituanie, l’Estonie ou la Hongrie) au double (la France et l’Autriche à plus de 14%) en passant par toute une palette de taux intermédiaires (de 10 à 11% pour l’Allemagne, la Suède, la Pologne ou les Pays-Bas), les deux extrêmes étant l’Irlande à 3,9% et à l’inverse l’Italie à 15,5%, indique la Fondation Robert Schuman.

L’âge, ensuite. Selon un panorama dressé par cette fondation, l’Autriche, la Bulgarie, l’Espagne, la Finlande, Le Luxembourg, la Hongrie, l’Estonie, la Pologne, la Roumanie, la Croatie et la Slovénie ont opté pour un âge de 65 ans pour les hommes, alors que la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie s’en approchent. En Allemagne, l’âge de départ peut atteindre 67 ans suivant l’année de naissance, comme au Pays-Bas, en Italie et au Danemark alors que le Portugal s’en approche et que l’Irlande reste à 66 ans. La Suède est le seul pays à fixer un âge de départ à 63 ans, mais a prévu de l’ajuster en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. La Slovaquie est à 64 ans comme la République tchèque, la Grèce à 62 ou 67 ans selon la durée de cotisation. Dans certains pays (l’Autriche, la Pologne, la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie), les femmes peuvent partir en retraite plus précocement, jusqu’à cinq ans plus tôt en Pologne.

Ainsi, même à 64 ans, la France se situe en-dessous de la moyenne légale européenne, de l’ordre d’une année. Avec la suspension, elle descend encore. Toutefois, les conditions sont évolutives dans nombre de pays, précise le Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale. Et l’âge légal en Europe n’est pas partout un butoir aussi strict qu’en France. Dans certains pays, le paramètre directeur pris en considération est la durée de cotisation, de sorte qu’en Autriche, en Belgique ou en Allemagne, l’âge effectif moyen de départ à la retraite est inférieur à l’âge légal.

Les régimes, par ailleurs, ne sont pas partout identiques mais ils répondent à la même philosophie. Tous les États européens ont opté en faveur d’un système par répartition impliquant un « pacte générationnel » en vertu duquel les cotisations des actifs financent les pensions des retraités, une part du revenu des impôts pouvant compléter le financement. Le système peut être basé sur un nombre d’annuités comme en France et dans quatorze autres pays de l’UE, ou bien des points acquis sur l’ensemble de la carrière comme en Allemagne ou pour les retraites complémentaires françaises. Il peut aussi s’appuyer sur des comptes notionnels qui représentent la somme des cotisations versées comme en Pologne, en Italie ou en Suède. Le système par répartition n’exclut pas une part de capitalisation, facultative ou obligatoire selon les pays, selon lequel un assuré épargne pour sa propre retraite, précise le site Toute l’Europe.

Reste le taux de réversion, c’est à dire le rapport entre le montant d’une pension et les derniers salaires. Il varie de 0,35 en Croatie à 0,81 en Espagne, la majorité se situant entre 0,45 et 0,60, la France étant à 0,61, la Suède à 0,59 et l’Allemagne à 0,49. C’est aussi à l’aune de ce qui se pratique ailleurs en Europe que le système français des retraites doit se positionner. Tout en considérant que les employeurs ont aussi une responsabilité pour conserver leurs salariés jusqu’à l’âge de la retraite en leur proposant des évolutions de carrière compatibles avec le vieillissement.

Gilles Bridier