Retraites : un sursis à 2,2 milliards
La suspension de la réforme de 2023 pourrait permettre au gouvernement de travailler à un budget pour 2026, et à la CFDT de plancher sur une nouvelle mouture. Un soulagement immédiat pour beaucoup de Français qui partiront à la retraite plus tôt.
C’est sur le long terme qu’une réforme des retraites porte ses fruits. En suspendant celle de 2023 jusqu’à la prochaine élection présidentielle, le gouvernement Lecornu ne touche qu’au court terme, pour un coût de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard en 2027. Par comparaison, la crise politique ouverte en France avec la dissolution de juin 2024 aurait coûté 0,5 point de PIB selon l’OFCE, soit quelque 15 milliards d’euros. On évite une nouvelle crise : le jeu en vaut la chandelle, surtout si cette mesure permet d’avancer sur un budget 2026 qui, à ce stade, prévoit de réduire le déficit de 30 milliards d’euros par rapport à celui de 2025. La CFDT se félicite de cette suspension car, dit-elle, pour les années concernées, ce sont 600.000 à 700.000 personnes nées en 1964 et 1965 qui pourront partir en retraite à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres.
Si cette annonce phare est une décision éminemment politique, son coût économique justifie de chercher par cette voie à introduire un peu de sérénité dans les débats à venir. À condition qu’elle ne se transforme pas en abrogation, ce que la contrainte démographique interdit. Quoi qu’il advienne, il faudra que le taux d’emploi des seniors soit relevé, indique l’OFCE. La CFDT qui revendique une approche responsable n’en disconvient pas ; le syndicat avait d’ailleurs accepté de lâcher du lest sur la retraite à 64 ans à condition que le Medef en fasse de même sur les mesures de pénibilité. Une réforme s’imposera : Sébastien Lecornu, dans son discours de politique général, l’a clairement exprimé.
Il n’est pas anodin que le Premier ministre fasse référence à la CFDT dans l’hémicycle. Alors qu’Emmanuel Macron s’était éloigné des corps intermédiaires, dont les syndicats, celui que les oppositions présentent comme son clone et qui se définit lui-même comme un moine soldat est prêt à s’engager sur les retraites en choisissant une voie radicalement différente. Son prédécesseur François Bayrou avait aussi cherché à rassembler syndicats et patronat à l’occasion de son conclave sur les retraites, mais sans donner de gages. Sébastien Lecornu va plus loin, de sorte que la CFDT annonce s’inscrire d’ores et déjà « dans la conférence sur les retraites et le travail qui rouvrira le sujet de la pénibilité et intégrera l’enjeu de l’équilibre financier. »
Le terrain est déjà bien balisé. Depuis le temps que les acteurs impliqués décortiquent les différentes scenarii possibles pour une réforme des retraites, entre mesures paramétriques ou refonte systémique qui préserve le caractère par répartition (avec une dose ou non de capitalisation), toutes les hypothèses de travail sont déjà sur la table. Reste à construire des compromis, toujours difficiles, notamment par des mesures adaptées aux fins de carrière et aux emplois pénibles. « Si la conférence conclut, le gouvernement transposera l’accord dans la loi » a promis le Premier ministre. « Sinon, il appartiendra aux candidats à l’élection présidentielle de faire leurs propositions, et aux Français de trancher », a-t-il conclu, renvoyant alors à un futur exécutif la responsabilité de mettre fin à la suspension de la réforme en s’engageant sur un programme.
Au moins le débat peut-il être rouvert, quand le conclave avait, lui, été définitivement clos. Et alors que la réforme Borne n’était passée qu’à coups de 49-3, Sébastien Lecornu s’est engagé à ne pas y recourir. Une promesse que personne n’oubliera.



