Richard Malka, croisé de la liberté d’expression

par Valérie Lecasble |  publié le 23/02/2026

Dans une série de cinq podcasts intitulés « À voix nue », diffusés sur France Culture, on découvre le vrai visage de cet avocat, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, qui a consacré sa vie à la laïcité et au combat contre l’islamisme radical.

Portrait de l'avocat Richard Malka à Paris, le 20 janvier 2026, lors de la soirée de mobilisation pour le peuple iranien, en révolte contre le régime des mollahs. (Photo Nicolas Rongier / Hans Lucas via AFP)

Rien ne destinait Richard Malka à devenir avocat. Fils de juifs marocains immigrés en France, dans le 11e arrondissement de Paris, il pensait plutôt qu’il serait journaliste, tant il est taraudé depuis son jeune âge par l’envie d’écrire. Mais à 23 ans, après ses études de droit à Nanterre, Georges Kiejman lui propose de rejoindre son cabinet, le plus réputé à Paris pour sa compétence en droit de la presse et de l’édition. D’origine modeste, Richard Malka ne refuse pas la chance de s’intégrer ainsi à l’élite des avocats parisiens.

Des débuts auprès de Charlie Hebdo

Rapidement, dès 1992, il s’embarque par la petite porte dans l’aventure de Charlie Hebdo en rédigeant les statuts du journal qui redémarre après quelques années d’interruption. Charb, Cabu, Riss, Tignous deviennent progressivement ses compagnons de route. Il est l’un des plus jeunes dans le cabinet : c’est lui que l’on dépêche pour défendre les uns et les autres au gré des plaintes déposées contre les dessinateurs du journal.

En 1999, il crée son propre cabinet, où il poursuit naturellement sa mission. En 2006, il prend la défense du journal lorsque Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet.

Le choc du 7 janvier 2015

Quand, le 7 janvier 2015, douze de ses amis sont tués et onze autres blessés par les balles des islamistes, sa détermination se renforce. Depuis cette date, il est sous protection policière. On comprend, au fil de ses confessions dans les cinq épisodes de la série de podcasts produits et réalisés par Alexandre Amiel et diffusés sur France Culture, que sa vie a basculé ce jour-là.

Pour lui, la liberté d’expression est devenue la mère de toutes les batailles, celle qui protège contre les fascismes et les totalitarismes. Voilà pourquoi il se sent comme en suspension dans le monde de ses idées. Ses parents sont décédés et il n’a pas voulu avoir d’enfant, faute de temps à leur consacrer, préférant se concentrer sur son combat pour la laïcité.

Un combat intellectuel et personnel

Une mission complexe, tant il pense que tout homme a besoin, pour vivre, d’une force spirituelle. La religion, dit-il, est un confort qui permet de croire en quelque chose de plus grand que soi. Et la gauche, assure-t-il, qui a conquis de haute lutte la laïcité face à la droite catholique, peine à présent à la défendre face à l’islam.

Une bonne vingtaine de romans, essais et bandes dessinées plus tard, Richard Malka dresse un bilan mitigé de ses années d’engagement. On le sent fier de sa carrière d’avocat, mais inquiet du résultat de ses combats, lui qui a gagné ses audiences au tribunal sans que la société française en sorte apaisée pour autant.

L’homme se sent solitaire dans une vie personnelle où il ne peut aller et venir à son gré. Il finit par s’interroger sur la possibilité d’une descendance. Tout à son combat, a-t-il laissé filer le temps et les occasions de bâtir une vie affective et familiale ? L’introspection ajoute une touche d’authenticité à l’avocat que l’on connaît.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique