Rima Hassan, Marine Tondelier : l’ignorance péremptoire

par Laurent Joffrin |  publié le 19/05/2025

La députée insoumise et la cheffe écolo ont une vision simple de l’Histoire. Malheureusement, celle-ci se résume rarement à un affrontement entre bons et méchants.

Laurent Joffrin

Il y a trois jours, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes publiait le tweet suivant, reprenant la campagne menée sur ce sujet par Rima Hassan, députée insoumise. « Il y a 77 ans, 750 000 palestiniens étaient expulsés de leurs terres par Israël. C’est la Nakba, une catastrophe encore trop méconnue aujourd’hui. À l’heure où Netanyahou veut conquérir la bande de Gaza et déplacer sa population, on ne peut pas laisser l’histoire se répéter. »

La culture tweet – ou X – fait une fois de plus des ravages cognitifs. Il y a dans ce post lapidaire du vrai et du faux. Mais faute d’explication et de nuance, on aboutit à une affabulation propagandiste.

Du vrai ? Effectivement pendant la guerre de 1948 et dans son prolongement, quelque 700 000 Palestiniens ont dû quitter la terre de leurs pères, parfois volontairement, mais le plus souvent chassés par les combats ou, directement, par l’armée israélienne de l’époque. Ce qu’oublient de dire ces deux responsables politiques, qui devraient pourtant le savoir, (ou qui le savent, ce qui est encore pire), c’est que cette guerre a été déclenchée par les pays arabes qui ont refusé le partage de la Palestine décidé par l’ONU à une large majorité, avec, entre autres, le soutien de l’URSS (partage dont l’esprit est aujourd’hui à la base de la seule solution raisonnable, la « solution à deux États »)

Ainsi la « Nakba » (« catastrophe »), désigne autant la défaite des armées arabes que l’exil des Palestiniens, qui en fut la conséquence (et non la simple volonté du tout nouvel État d’Israël d’exiler les Palestiniens, même si son armée y a volontiers contribué). Parler de cet exil sans rappeler son contexte, c’est user de simplification à des fins manipulatrices. Ce qui ne n’excuse en rien le comportement des vainqueurs israéliens, qui ont sauté sur l’occasion pour agrandir le mince territoire qui leur avait été concédé par l’ONU, quitte à pratiquer une forme de nettoyage ethnique (voir le massacre de Deir Yassin). Sans création d’Israël, point de « Nakba ». Mais sans attaque arabe non plus.

La simplification de Tondelier, imitant celle de Hassan, revient à priver de toute légalité et de toute justification la création de l’État d’Israël et, donc, par contrecoup, à légitimer les thèses du Hamas, qui veut effacer ce péché initial et organiser à terme la destruction d’Israël. Voilà donc les écologistes rangés idéologiquement du côté des extrémistes du Hamas. Est-ce vraiment la ligne politique des Verts ? Ou bien l’effet des lacunes historiques de leur cheffe ?

Laurent Joffrin