RN : le sparadrap Trump

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 30/01/2026

Marine Le Pen et Jordan Bardella sont embarrassés par l’action erratique du président américain. Et peinent à décoller l’image de leur parti de celle du mouvement MAGA.

Steeve Bannon, ancien conseiller de Donald J. Trump, salue Marine Le Pen après avoir prononcé un discours au 16e Congrès du Front National à Lille, le 10 mars 2018. (Photo Yann Castanier/Hans Lucas via AFP)

Sparadrap, boulet, fardeau… Les métaphores ne manquent pas pour caractériser ce qu’est devenu Donald Trump pour le Rassemblement national. Pas un jour ne passe sans que ses dirigeants ne soient amenés à commenter les dernières initiatives controversées de l’hôte de la Maison Blanche, devenu bien embarrassant pour ses (ex ?) amis de l’extrême droite.

Les excès trumpistes ont amené Marine Le Pen et Jordan Bardella à prendre leurs distances avec un personnage qui relaie pourtant nombre de leurs idées et prévoit de favoriser leur marche vers le pouvoir en France. Le RN fait partie des mouvances sur lesquelles les trumpistes, au premier rang desquels le vice-président J.D. Vance, comptent pour régénérer et mettre au pas une Europe décadente. Au point qu’une rumeur a couru selon laquelle des pressions américaines s’exerceraient sur les magistrats qui vont juger la fille de Jean-Marie Le Pen en appel.

Conscients que l’opinion française est choquée par les méthodes et les objectifs de ce président sulfureux, les dirigeants lepénistes n’ont pas applaudi à son élection en 2024, contrairement à leur réaction lors de son premier mandat. Marine Le Pen ne s’est pas rendue à Washington lors de l’intronisation officielle en janvier dernier, alors qu’elle s’était invitée à la Trump Tower en 2017.

Le RN tente de prendre ses distances

Aujourd’hui, elle se garde de saluer ses faits d’armes. Au contraire, elle a condamné l’enlèvement de Nicolas Maduro, avec des mots qui se voulaient définitifs : « La souveraineté des États n’est jamais négociable, quelle que soit leur taille, leur puissance ou leur continent. Elle est inviolable et sacrée ». On aurait aimé l’entendre montrer autant de fermeté à l’égard de Vladimir Poutine. Visiblement, l’approche de 2027, que Marine Le Pen soit candidate ou remplacée par son dauphin, vaut bien quelques contorsions…

Mais difficile de se débarrasser d’un (ex)allié aussi prégnant, un homme qui prône la défense des intérêts de son pays avant tout et le contrôle musclé des flux migratoires. Certes, le RN déplore les méthodes de l’ICE (milice chargée de pourchasser les clandestins) et recommande de contre-attaquer face aux menaces de droits de douane supplémentaires. De même, le parti à la flamme a joint sa voix à celle de tous les autres mouvements français pour condamner le projet d’annexion du Groenland. Mais le naturel, et le passé, reviennent parfois au galop.

Bardella sommé de clarifier sa position

Jordan Bardella en fait les frais. Sur le plateau de Léa Salamé, il n’a pu s’empêcher de laisser percer la grande admiration qu’il porte au président américain en lançant tout sourire : « Où trouve-t-il toute cette énergie ? ». Une formule qui a fait ensuite l’objet de l’ironie de Sébastien Lecornu jusque dans l’hémicycle, provoquant l’hilarité sur les bancs. Blessant pour l’homme du « plan B », lequel s’est senti obligé de forcer le ton peu après lors de ses vœux à la presse.

Interrogé sur les prises de position de Steve Bannon, penseur de la sphère MAGA, il a eu ce commentaire sur l’homme qu’on a vu faire un salut nazi en pleine réunion de conservateurs américains : « On parlait de la doctrine Monroe. Là, c’est la doctrine poivrot ». Pas sûr que cela fasse oublier l’escapade de Bardella à ce fameux meeting, où il avait cru opportun de se rendre avant de tourner les talons, affolé par le geste du dit Bannon…

Une stratégie européenne sous tension

La perspective d’une campagne présidentielle à gérer sous la menace permanente d’une initiative dérangeante de Trump est inconfortable pour le RN. Allié au Parlement européen avec tous les partis para-trumpistes, en accord avec de nombreux objectifs du président américain, ses dirigeants vont devoir slalomer entre approbation et condamnation. La moindre des questions n’étant pas quel destin réserver aux 27, dont l’union s’avère plus que jamais nécessaire face aux nouveaux défis mondiaux, mais que l’extrême droite continue de pourfendre. Et que Trump veut ouvertement disloquer.

La vérité des intentions américaines sort de la bouche de l’affreux Bannon : « Le dernier élément qui va vraiment tuer l’union européenne, ce sera l’élection de Marine Le Pen et du Rassemblement national », a-t-il lâché dans l’émission Complément d’enquête diffusée le 8 janvier. On ne saurait être plus clair. Le RN est le cheval de Troie de Trump en Europe. Marine Le Pen et Jordan Bardella sauront-ils, ou même voudront-ils, échapper à cette emprise mortifère ?

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse