Royaume-Uni : Farage, le cheval de Trump
Si des élections générales anticipées avaient lieu demain, le parti Reform UK de Nigel Farage aurait, selon une plateforme britannique spécialisée dans les prévisions électorales, 87% de chances de se retrouver largement devant les autres formations.
L’ancien trader à la City de Londres et artisan du Brexit en 2016 ressemble à plusieurs égards au despote de la Maison-Blanche. Il aime d’ailleurs se montrer en public avec lui dès que l’occasion se présente. Celui qui pourrait devenir Premier ministre, à la faveur d’une vague nationaliste qui secoue la société britannique, cultive un style populiste anti-establishment mêlé d’un humour provocateur qui trouve sa clientèle outre-Manche.
Figure tutélaire de l’euroscepticisme, Farage a bâti sa réputation sur une rhétorique simple, jouant sur les peurs liées à la question migratoire et à la perte supposée de souveraineté du Royaume-Uni. Avec un discours qui touche les classes populaires autant que certaines élites conservatrices, il a hissé son parti Reform UK en tête des sondages. De nombreux observateurs de la vie politique britannique craignent maintenant son arrivée au 10 Downing Street. Pour ne rien arranger, les tabloïds, friands de sa rhétorique, servent volontiers de caisse de résonnance à son discours.
Sa popularité semble ainsi se renforcer de sondage en sondage. Selon des chiffres publiés en octobre 2025 par The Guardian, le parti Reform UK est crédité de 31 % des intentions de vote, devant le Labour à 21% et les conservateurs à 14 %. D’après les prévisions réalisées par le site Electoral Calculus, la probabilité que le parti de Farage devance largement ses concurrents à la prochaine élection générale s’élève même à 87%.
Le scrutin se tiendra au plus tard en 2029, mais plusieurs scénarios d’élections anticipées circulent déjà. Au mois de septembre, Nigel Farage lui-même a estimé qu’une élection générale a « toutes les chances de se tenir en 2027 ». Surfant sans peine sur la faiblesse du gouvernement actuel et les divisions au sein des Tories, Farage avance prudemment, observant l’usure de ses adversaires et le glissement d’un pays en crise depuis le Brexit.
Acculé par la popularité de Farage, le Premier ministre Keir Starmer, très contesté dans l’opinion britannique, a récemment amorcé un tournant droitier pour tenter de juguler cette percée populiste.
Le gouvernement travailliste a ainsi annoncé mi-novembre une série de mesures pour restreindre drastiquement l’arrivée d’immigrants dans le pays. La période au terme de laquelle ces derniers seront « contraints de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr » sera abaissée de cinq ans à trente mois ; le délai d’attente pour prétendre au statut de résident permanent passera de cinq à vingt ans ; enfin, l’accès immédiat aux aides sociales pour les nouveaux arrivants sera suspendue « pour ceux qui ont le droit de travailler et qui peuvent subvenir à leurs besoins, mais choisissent de ne pas le faire, ou pour ceux qui enfreignent la loi », explique le gouvernement britannique.
« Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le danger, mais notre générosité attire les migrants illégaux », a notamment déclaré la ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, à l’annonce de ces mesures.
Ce coup de barre à droite décidé à la hâte suffira-t-il à éviter au Royaume-Uni une déferlante populiste, dans la rue comme dans les urnes ? Rien n’est moins sûr.



