Sarko libéré, Darmanin au piquet
C’est la surprise de la décision de la Cour d’appel qui a mis en liberté Nicolas Sarkozy après vingt jours passés derrière les barreaux. Le Garde des Sceaux figure parmi les personnalités que l’ancien président ne pourra pas rencontrer dans le cadre de son contrôle judiciaire.
Lorsque Gérald Darmanin est allé en prison rendre visite à son ami Nicolas Sarkozy, c’est peu dire que les juges n’ont pas apprécié. Rémy Heitz, procureur général auprès de la Cour de cassation, s’était ému que cette visite puisse « porter atteinte à l’indépendance des magistrats ». Le ministre de la Justice avait alors balayé l’argument justifiant qu’il voulait juste s’assurer de la sécurité d’un détenu peu ordinaire. Cette nécessité de protéger Nicolas Sarkozy aurait aussi justifié que le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau autorise deux gardes-du-corps à s’installer jour et nuit dans la cellule juste à côté de la sienne.
Au-delà de cette préoccupation, somme toute légitime, comment ne pas soupçonner ces deux hommes qui rêvent chacun d’entre eux d’être candidats de la droite à l’élection présidentielle, de s’assurer ainsi des bonnes grâces de Nicolas Sarkozy, dont les conseils et l’influence auprès des militants voire des Français reste d’autant plus prégnants que depuis treize ans aucune personnalité de poids ne l’a vraiment remplacé dans son camp…
Politique et justice ne font pas bon ménage a décidé la Cour d’appel en inscrivant le nom de Gérald Darmanin parmi ceux qui, lors du contrôle judiciaire de Nicolas Sarkozy ne pourront pas le rencontrer. Un camouflet pour le Garde des Sceaux, comme s’il n’était pas assez grand ou responsable pour décider de lui-même de ne pas interférer sur le prochain procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.
C’est que Nicolas Sarkozy est coutumier des tentatives d’influencer les magistrats en sa faveur dans les affaires judiciaires dont il est l’objet. Ainsi de celle dite Bismuth des écoutes téléphoniques où il a été condamné pour avoir fait pression lors d’un « pacte de corruption » sur un haut magistrat de la Cour de cassation pour obtenir des informations sur sa situation personnelle dans l’affaire L’Oréal.
Voilà pourquoi le président de la Cour d’appel met le holà. Jusqu’à mettre d’une certaine façon Gérald Darmanin sous tutelle, une première pour un Garde des Sceaux. Dans les relations incestueuses qui rendent parfois complices en France la politique et la justice, jamais jusqu’à présent un ministre de la République n’avait fait l’objet d’un tel ostracisme de la part d’un juge. Cet acte est lourd de sous-entendus : afin de mieux assurer la sérénité de la justice, mieux vaut, pensent les magistrats, que ces deux-là ne se parlent pas.
Il faut dire que la pression médiatique qu’a mis Nicolas Sarkozy lors de son incarcération a de quoi inquiéter le président de la Cour d’appel. Comment rendre la Justice sereinement quand le prévenu le plus puissant de France appelle à combattre les juges à ses côtés. C’est ainsi que l’on a vu la classe politique et les media critiquer la décision d’exécution provisoire qui a été appliquée.
Plus globalement, la question se pose à présent de savoir si Nicolas Sarkozy, qui continue de clamer son innocence, va poursuivre sa stratégie de victimisation et mettre en cause des juges qui, à, l’en croire, le détestent. Alors qu’il lui reste moins de six mois pour peaufiner sa stratégie de défense pour son procès en appel prévu en mars, continuera-t-il à en appeler à l’opinion publique pour désavouer les juges, coupables selon lui de régler leurs comptes à son endroit ? Ou bien, à présent qu’il a subi le « cauchemar » de ses vingt jours en prison qui l’ont dit-il « éreinté », va-t-il se plier à une défense plus classique afin d’opposer des arguments juridiques plus solides au procureur et tenter ainsi d’éviter en appel les cinq années de prison dont il a écopé en première instance ?
De son attitude et de sa nouvelle stratégie de défense dépendra sans doute une partie de son sort. D’ici là, il connaîtra le 26 novembre la réponse à sa saisine de la Cour de Cassation dans l’affaire Bygmalion où il a été condamné en appel à une année de prison.
Entre Nicolas Sarkozy et la justice, les affaires ne sont pas terminées.



