Sarkozy enterre le gaullisme

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 11/12/2025

Se mettant en scène dans « Le journal d’un prisonnier », l’ancien président en profite pour mettre un dernier clou sur le cercueil du front républicain. Un cadeau au Rassemblement national au bord du pouvoir.

L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive à la librairie Lamartine à Paris, le 10 décembre 2025, pour une séance de dédicaces de son livre « Le journal d'un prisonnier », paru ce jour. (Photo Adnan Farzat / NurPhoto via AFP)

Il ne fait jamais dans la nuance, Nicolas Sarkozy. Il fait même très fort avec son dernier ouvrage, lequel bénéficie d’une puissante campagne de lancement, abondamment relayée par le groupe Bolloré. Dans « Le journal d’un prisonnier », il pourfend la justice qui l’a, selon lui, injustement condamné – et réserve ses mots les plus aimables pour les leaders du Rassemblement national, à qui il ouvre la voie du pouvoir en recommandant un large rassemblement à droite et la fin du front républicain.

Pour le dernier président issu des rangs d’un parti gaulliste, c’est un renversement de doctrine. Plus question de vouer aux gémonies les héritiers d’un mouvement qui a été le pire ennemi du général de Gaulle. Au contraire, Nicolas Sarkozy estime absurde le « cordon sanitaire » qui a empêché jusqu’ici l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Il trouve même que Jordan Bardella lui rappelle Jacques Chirac jeune. Lequel doit se retourner dans sa tombe : si celui-ci a eu une seule et unique conviction, c’est bien celle de ne rien céder, jamais, au Front national !

L’entourage de l’ex-maire de Neuilly a beau démentir sur tous les tons son intention de nouer une alliance en bonne et due forme avec le RN, les écrits sont clairs. A la question que lui pose sa nouvelle amie Marine Le Pen sur son soutien à un futur front républicain lors d’élections à venir, l’auteur répond, tranchant : « Non, et de surcroît je l’assumerai en prenant le moment venu une position publique sur le sujet ». Du miel pour le RN…

C’est donc un feu vert pour voter pour l’extrême-droite si les électeurs de conservateurs, orphelins d’un candidat lors d’un second tour, avaient le choix entre le RN et la gauche. Dire les choses aussi nettement constitue un vrai tournant, même si Nicolas Sarkozy avait commencé à indiquer la direction en affirmant que le RN faisait partie de l’arc républicain, dans une interview au Figaro. Cette fois, il va jusqu’au bout de sa logique, donnant sa caution à tous ceux qui, dans son ancien parti, sont tentés par ce qui est encore une transgression.

Le mari de Carla Bruni ne peut ignorer l’impact que va avoir sa prise de position. Il a toujours recommandé la stratégie de la rupture, mais là il s’agit d’un retournement. Son influence étant encore importante dans une catégorie de la population déjà largement acquise à l’idée d’une alliance RN-LR (les derniers sondages l’attestent), les élus partisans d’une telle évolution vont être confortés. On en mesurera les premières conséquences lors des prochaines municipales de mars.

On peut se demander pourquoi Nicolas Sarkozy se risque à un avis aussi controversé sur la conduite à tenir à l’égard de l’extrême-droite. Les interrogations, en privé, fusent : cherche-t-il à revenir dans le jeu politique pour, tel Monte-Cristo (son dernier livre de chevet), prendre sa revanche en se faisant réélire président de la République par une France qui aurait clairement basculé à droite ? Ou bien, plus prosaïquement, espère -t-il qu’un leader du RN élu chef de l’État lui accorderait une grâce s’il devait retourner en prison ?

L’intéressé jure qu’il ne souhaite pas rentrer à nouveau dans l’arène et qu’il n’est pas question pour lui de demander une quelconque grâce. A l’en croire, il voudrait seulement conseiller son camp et se battre pour faire triompher son innocence. Mais, pour paraphraser la maxime célèbre, les assurances n’engagent que ceux qui les croient. Et, dans ce domaine, on n’a encore jamais constaté de retournement…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse