Sarkozy : le Dreyfus de la droite ?
Si l’on en croit les amis de l’ancien président, trois fois condamné, celui-ci a été victime par trois fois d’un complot judiciaire impliquant des dizaines de juges. Peut-être y a-t-il une autre hypothèse…
Soyons un peu lucides : la fable du complot judiciaire, une nouvelle fois convoquée, ne tient pas. Après des années de dénégations enflammées, d’indignations surjouées, de protestations de mélodrame, la vérité apparaît enfin, nue et cruelle : ceux qu’on appelait familièrement « la bande à Sarko » formaient en fait une petite mafia délinquante, les Rapetou de la politique, les Dalton de la droite française.
Nicolas Sarkozy : trois fois condamné deux fois en première instance et une fois de manière définitive. Brice Hortefeux, condamné, Claude Guéant, multi-condamné, Patrick Balkany, condamné, Isabelle Balkany, condamnée, Alexandre Djouhri, condamné, Thierry Herzog (avocat), condamné, Guillaume Lambert, Bastien Millot, Éric Cesari (campagne présidentielle), condamnés, Rachida Dati, présumée innocente, certes… Peut-être faudrait-il aménager un quartier spécial…
Nicolas Sarkozy, plutôt que de faire pour une fois amende honorable, continue d’incriminer la justice, coupable d’appliquer la loi aux puissants comme aux autre citoyens. Il faut être journaliste à CNews pour croire encore à cette fable du complot judiciaire : tous ces personnages ont vu leur dossier examiné par des dizaines de magistrats en instruction, en première instance ou en appel. Ces juges, par définition, sont divers, syndiqués ou non, de droite ou de gauche, jeunes ou vieux, implacables ou indulgents. Comment croire un instant que si une subreptice collusion les avait tous réunis pour condamner des innocents, aucun ne l’aurait dénoncée hautement ? Non : avant d’appliquer les peines, les cours concernées ont étudié les dossiers, écouté les parties, soupesé les condamnations. Justice est passée, voilà tout.
Ces constatations ne doivent réjouir personne : comment s’étonner du discrédit de la classe politique si l’un des plus titrés et des plus prestigieux en son sein, ancien président de la République, condamné en bonne et due forme, se retrouve sous les verrous comme un vulgaire malfrat ? Si d’anciens ministres de l’Intérieur, gardiens de l’application des lois, l’accompagnent dans la même indignité ? Si le nombre des condamnés fait penser non à des errements personnels, mais à une mentalité commune qui tenait la triche pour habituelle, le détournement de fonds pour légitime, la violation de la loi pour vénielle ? Non, personne ne peut se satisfaire d’un tel résultat : c’est un désastre civique.
D’autant que Sarko et ses sbires persistent dans leur renversement sémantique : ce ne sont pas les délinquants qui sont coupables mais ceux qui les sanctionnent. Comme il y a toujours, dans l’opinion, un fond de complotisme explicite ou rampant, la justice, qui ne fait que son travail, en sera néanmoins écornée, notamment auprès de ceux qui ont pris pour exutoire « le système », entité confuse et obscure qu’ils prennent comme bouc émissaire de leurs difficultés, au demeurant bien réelles.
Telle est en fait la double faute de Nicolas Sarkozy : avoir joué au poker avec les règles, salissant ainsi la présidence ; imputer ensuite ses fautes aux magistrats, calomniant ainsi la justice.



