Scouts : la regrettable démission de Marine Rosset

par Valérie Lecasble |  publié le 13/08/2025

L’élue socialiste de Paris a dû démissionner de la présidence des Scouts et Guides de France sous la pression des forces traditionnelles de l’Église, conjuguée à une campagne virulente des sites d’extrême-droite. Une occasion manquée d’ouvrir la jeunesse catholique à des profils plus variés.

Marine Rosset, à la rencontre des Parisiens le 24 juin 2024. Elle était candidate du Nouveau Front Populaire lors des élections législatives consécutives à la dissolution de l'Assemblée nationale. (Photo : Magali Cohen / Hans Lucas via AFP)

Que diable est-il arrivé à Marine Rosset, l’éphémère présidente des Scouts et Guides de France (SGDF) ? Sur le papier, elle avait toutes les qualités pour occuper le poste. Membre reconnue du conseil d’administration du mouvement depuis 2019, vice-présidente appréciée de ses collègues depuis 2022, elle a été élue à la quasi-unanimité des membres du conseil le 14 juin 2025, avec 22 voix sur 24.

Ceux-ci ont reconnu son expérience et salué la légitimité de son parcours. Ils ont apprécié les valeurs de son discours fondé sur une spiritualité ancrée dans le quotidien, un encouragement à s’ouvrir aux différences et une plus grande ouverture aux jeunes d’horizons variés en zone urbaine. Inclusifs et progressistes, les Scouts de France ont vu en Marine Rosset la promesse de poursuivre sur la voie de l’ouverture qu’ils défendent et qui a été tracée par son prédécesseur Tanguy Claquin.

Seulement voilà, l’intronisation de Marine Rosset n’a pas plu à tout le monde. Élue socialiste du 5ème arrondissement de Paris, elle sera la suppléante de la candidate de gauche Frédérique Bredin lors de l’élection législative partielle qui opposera au mois de septembre l’ex- présidente du Centre national du cinéma (CNC) à Michel Barnier voire à Rachida Dati si elle devait maintenir son intention de se présenter dans la 2ème circonscription de Paris.

Marine Rosset s’y est elle-même présentée à deux reprises, en 2022 sous les couleurs de la Nupes, puis en 2024 lors du Nouveau Front Populaire. Elle y a obtenu au second tour le très joli score de 43,5 % dans cette circonscription tenue par la droite. Le candidat Renaissance sortant, Gilles Le Gendre s’est désisté en sa faveur face à Jean Laussucq, le suppléant que Rachida Dati avait parachuté et dont l’élection a été invalidée.

On l’a compris, Marine Rosset est une personnalité respectée et appréciée des électeurs, y compris à droite. Si elle était LR, les attaques dont elle a été l’objet et qui l’ont contrainte à quitter le 6 août la présidence des Scouts de France après seulement quelques semaines de mandat, auraient-elles été moins virulentes ?

La fronde a été menée par l’aumônier général des scouts Xavier de Verchère, et par l’abbé Clément Barré du diocèse de Bordeaux, qui a critiqué son élection en ces termes : « lorsque l’on aspire à exercer des responsabilités dans une association catholique, il est essentiel de ne pas défendre publiquement des positions en contradiction avec l’enseignement de l’Église ». Plusieurs sites d’extrême-droite leur ont emboîté le pas, avec en fer de lance le site Boulevard Voltaire, que dirige l’ultra-tradi Gabrielle Cluzel, égérie de CNews.

Quel crime avait donc commis l’élue socialiste du 5ème arrondissement de Paris ? « La situation était devenue intenable et ma volonté est de protéger le mouvement (..). J’ai aussi démissionné pour protéger ma famille », a-t-elle déclaré. Mère d’un enfant, Marine Rosset se revendique lesbienne et défend le droit à l’avortement, inscrit dans la loi et obtenu par les femmes de haute lutte.

Les Scouts et Guides de France comptent 96 000 adhérents, âgés de 6 à 21 ans et sont soutenus par 29 000 bénévoles répartis dans toute la France, au sein d’un mouvement qui se revendique comme catholique mais aussi d’éducation populaire et ouvert à tous. Ils ne bénéficieront donc pas de la compétence et de la légitimité de Marine Rosset, adoubée par 22 de ses administrateurs sous le prétexte… qu’elle est homosexuelle.

L’Église se demande souvent pourquoi moins d’un français sur deux se déclare aujourd’hui catholique – contre 95 % dans les années 1950 – et pourquoi 3% d’entre eux seulement se rendent le dimanche à la messe. Un rabougrissement à la mesure de son refus obstiné de prendre en compte en son sein l’évolution de la société française.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique