Sécurité sociale : les trois mousquetaires du compromis

par Valérie Lecasble |  publié le 06/12/2025

Au terme d’une bataille incertaine, l’Assemblée a voté le volet recettes du PLFSS. Ce combat tortueux a mis en valeur trois personnages décisifs, à commencer par le Premier ministre, qui a imposé sa stature de négociateur hors pair.

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, s'entretient avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, lors d'une séance de vote sur les amendements relatifs au projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, à l'Assemblée nationale, le 5 décembre 2025. (Photo Ian Langsdon / AFP)

Sébastien Lecornu a tenu bon. « Vous avez critiqué le 49-3 pendant des années et au moment où nous le laissons tomber, vous continuez de critiquer. Vous ne souhaitez être responsables de rien » ! C’est ainsi que le Premier ministre a défié les députés. Pour la première fois depuis 2022, a-t-il rappelé, un projet de loi de la Sécurité Sociale (PLFSS) parvient jusqu’au vote final. Jusque-là, dans cette Assemblée nationale à la majorité introuvable, les Premiers ministres successifs avaient préféré recourir au 49-3 pour éviter de chuter.

Sébastien Lecornu n’est pas de ce bois-là : il avait promis qu’il n’aurait pas recours au 49-3 : il s’y tiendra, même si les députés lui demandent quasi-tous, de revenir sur son engagement. Le risque était grand : il pouvait déclencher un vote négatif qui aurait entraîné la perte de contrôle de la gestion de la Sécurité Sociale puis, dans la foulée, le rejet du budget et la dissolution de l’Assemblée nationale. Rien que ça !

Qu’importe, c’est son avenir qui est en jeu. A 39 ans, Sébastien Lecornu rêve de devenir un jour président du Sénat puis de la République : il a une image politique à construire. Un long parcours s’ouvre devant lui, il ne va pas le commencer en se déjugeant. Pour instaurer sa future présidentialité, la journée du jeudi 4 décembre 2025 restera comme une borne. Il s’agit ce jour-là de prouver son courage, sa détermination et son efficacité. Il annule tous ses rendez-vous de la journée : c’est lui qui montera au front pour tenter d’obtenir une majorité. La mission paraît impossible : au sein de son propre camp, Édouard Philippe a assuré qu’il ne le voterait pas. Et pour financer la suspension de la réforme des retraites, les socialistes veulent augmenter la CSG sur le capital, ce que récusent les LR et une partie de Renaissance.

Il faudra de longues heures de débats et de multiples interruptions de séance pour parvenir au compromis : la hausse de la CSG est maintenue mais en excluant l’assurance-vie et les plans d’épargne logement, populaires auprès des classes moyennes. Sébastien Lecornu obtient un vote favorable à 166 voix contre 140. Il conforte ainsi son talent de négociateur, affirme sa personnalité et gagne sa place dans la cour des hommes d’avenir. Lui, le discret, qui fuit les sunlights, n’a pas flanché.

Amélie de Montchalin est la révélation de la période. Sa détermination, sa connaissance fine des dossiers et sa patiente pédagogie ont joué un rôle décisif. De l’avis général, la ministre chargée des Comptes publics a gagné ses galons. Elle qui était de droite avant de rejoindre le parti d’Emmanuel Macron, sait aussi parler à la gauche. Même Eric Coquerel, le président LFIste de la Commission des Finances à l’Assemblée lui reconnaît des qualités. C’est dire…
Créative, technicienne, elle ne renonce ni ne baisse les bras, concentrée sur la solution qui mènera au compromis. En tandem avec Sébastien Lecornu, avec qui elle échange sans cesse en direct, elle a gagné la confiance d’un Premier ministre qu’à l’origine elle ne connaissait pas.

Jérôme Guedj a montré un vrai sens des responsabilités. Membre de la commission des affaires sociales, le socialiste a le premier proposé d’augmenter la CSG sur le capital pour financer la suspension de la réforme des retraites. Il obtient aussi que le gouvernement renonce à doubler la franchise médicale. Soucieux de préserver le porte-monnaie des patients, il préfère qu’on s’attaque aux dividendes des plus riches. Pour déboucher sur un compromis, il va jusqu’à rappeler à l’ordre Laurent Marcangeli, proche d’Édouard Philippe, qui perturbe la séance.

Édouard Philippe est le grand perdant. Son refus de voter le budget a provoqué un électrochoc. Sans les voix de son camp, Sébastien Lecornu risquait l’échec. Inacceptable pour le chef du gouvernement, qui a tout mis sur la table pour remporter la partie. Il a même récupéré au passage quatre députés Horizons qui ont voté contre leur chef, en faveur du budget.

Ce vote du volet recettes est une première étape avant celui mardi des dépenses, et de la totalité du PLFSS. On savait qu’elle serait plus aisée à franchir que celle du budget, en raison de la suspension des retraites. A noter cependant qu’une seule écologiste, Delphine Batho, a voté pour avec les socialistes tandis que tous les autres se sont rangés aux côtés de LFI, du RN et de ses alliés d’Éric Ciotti, pour voter contre. Le premier obstacle écarté, Sébastien Lecornu est loin d’être au bout du chemin ….

Valérie Lecasble

Editorialiste politique