Simone : la Shoah à hauteur d’enfant
Une remarquable trilogie documentaire adapte le témoignage de Simone Lagrange, jeune adolescente juive torturée par Klaus Barbie et déportée à Auschwitz.
L’histoire commence à Lyon le 6 juin1944 lorsque Simy Kadosche, âgée de 14 ans, est arrêtée par la Gestapo. Elle est interrogée dans les locaux de l’École de santé militaire par Klaus Barbie, chef de la police allemande, puis déportée avec ses parents à Auschwitz, où sa mère est gazée et son père abattu. C’est dans le camp de la mort que débute ce troisième tome de la série, qui mêle la trame de deux époques, celle de la « Solution finale » et celle du témoignage de Simone Lagrange, qui a marqué tous les esprits lors du procès Barbie en 1987.
Les récits des horreurs nazies, de la mémoire traumatique et de la reconstruction personnelle se succèdent avec force, pudeur et justesse. D’un dessin précis mais qui reste enfantin, David Evrad restitue l’atmosphère de l’époque tout en préservant la dignité des personnages. Cette capacité à raconter et émouvoir, sans horrifier, est certainement l’une des grandes forces de cette B.D. scénarisée par J.D. Morvan – l’un des maîtres du genre sur la scène française actuelle. Les auteurs ont conçu une œuvre qui reste accessible au jeune public, évitant l’édulcoration tout en maîtrisant l’impact des images. Ni didactisme d’une mémoire muséale, ni plongée voyeuriste dans les violences du camp, « Simone » s’inscrit dans une démarche de transmission mémorielle, utilisant les codes du neuvième art pour toucher un large public d’enfants et d’adolescents.
Elle raconte aussi un pan méconnu de la déportation : le difficile retour. Ainsi la jeune héroïne, qui parvient à survivre, tant à Auschwitz qu’aux marches de la mort et à Ravensbrück, finit-elle par s’échapper dans la campagne allemande avant de se retrouver emprisonnée … par les GI’s Américains lors de leur victoire. Il lui faudra ensuite passer clandestinement des frontières et affronter le regard des voisins qui avaient dénoncé sa famille, avant de reconstruire sa vie. Une formidable leçon de courage et de résilience, d’autant plus puissante qu’il s’agit d’une histoire vraie.
« Simone », tome 3, Jean-David Morvan, dessin David Evrad, couleurs Walter Pezzali, postface de Marek Halter, 66 pages, 15 euros, éditons Glénat.



