Soupe à la grimace pour les brexiters

par Gilles Bridier |  publié le 13/05/2025

L’accord commercial conclu entre Washington et Londres sur les droits de douane a été présenté comme un grand succès. C’est en fait une victoire en trompe-l’œil…

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'entretient au téléphone avec Donald Trump dans une usine automobile des West Midlands, le 8 mai 2025. Trump a déclaré que c'était un « grand honneur » de conclure un accord commercial et tarifaire avec le Royaume-Uni. (Photo WPA POOL / Getty Images via AFP)

Un simple lot de consolation de Trump pour les Britanniques ? Neuf ans après le vote en faveur du Brexit et quatre ans après la sortie effective de l’Union européenne, Londres a finalisé une négociation commerciale avec Washington sur les droits de douane. En coupant les ponts avec l’Europe au nom d’une souveraineté recouvrée, le Royaume Uni espérait obtenir les ouvertures promises par Donald Trump qui, au cours de son premier mandat, s’entendait si bien avec Boris Johnson. Mais Londres a dû en faire son deuil… jusqu’au 8 mai dernier.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les deux capitales ont annoncé la signature d’un accord qui réduit les droits de douane appliqués par les États-Unis aux importations britanniques par rapport à ceux qui menacent l’Union européenne. Pour les hérauts du Brexit, ce succès a un goût amer, même si le Premier ministre britannique Keir Starmer l’a diplomatiquement salué comme une grande victoire.

Car Washington a dicté sa loi et imposé sa stratégie. On est loin d’un retour au libre-échange entre les deux pays, après le chaos créé par Donald Trump avec l’explosion des droits de douane sur les importations américaines. Pour que ces taxes soient limitées à 10%, même sur les voitures britanniques (au lieu de 27,5%) et que l’acier et l’aluminium puisse être exportés outre-Atlantique libres de droits, la Grande Bretagne a dû s’engager à acquérir des avions Boeing, du boeuf américain et d’autres produits agricoles. Un accord d’épicier, et un bien piètre résultat pour resserrer les liens historiques entre les deux pays. D’autant que, à quelques exceptions près, demeure le cadre général d’une surtaxe de 10% pour les importations américaines de produits britanniques. Un succès en trompe l’œil !

En choisissant le Royaume Uni comme premier partenaire signataire d’un accord commercial, l’administration Trump cherche à creuser le fossé que le Brexit aurait dû créer avec l’Union européenne. Mais le pragmatisme a prévalu des deux côtés de la Manche, et ce fossé n’est pour l’heure pas bien profond. Alors que les échanges avec les partenaires européens représentaient 55% du total du commerce britannique en 2016, l’UE en assure toujours 52%, restant ainsi le premier partenaire commercial de la Grande-Bretagne, loin devant l’ami américain. On connaît le ressentiment du président américain pour l’UE, accusée de n’avoir été créée que pour « emmerder » (sic) les Etats-Unis.

Trump espère-t-il revenir à la situation d’avant l’adhésion, en 1973, de la Grande Bretagne à la Communauté économique européenne, lorsque le voisin britannique servait de tête de pont à son cousin anglo-saxon pour conquérir des places fortes en Europe ? Il en faudra plus pour convertir les Britanniques à sa stratégie, même les plus conservateurs qui se sont bien gardés de manifester une quelconque satisfaction après la victoire à la Pyrrhus enregistrée sur les droits de douane. Deux jours après la signature de l’accord avec les États-Unis, Keir Starmer s’est d’ailleurs montré ouvert à un resserrement des liens avec l’Union européenne, tant dans la défense et la sécurité que dans l’économie et le commerce.

La théorie du « Global Britain », selon laquelle la souveraineté du Royaume Uni devait s’épanouir en rompant avec l’Europe, est encore loin de se concrétiser dans les relations entre Londres et Washington. Et on peut parier que l’intrusion d’Elon Musk dans le débat politique britannique, soutenant Nigel Farage, l’ancien champion du Brexit, pour s’en dissocier ensuite au prétexte qu’il manque de radicalité à droite, est plutôt de nature à rendre circonspects les sujets de Charles III sur les visées américaines.

Gilles Bridier