Suffoquons en chœur !

par Gilles Bridier |  publié le 04/07/2025

Des événements extrêmes plus fréquents et plus violents, comme les inondations ou les canicules : le GIEC avait prévu les conséquences du réchauffement climatique. Et pourtant, les émissions de gaz à effet de serre battent des records.

Des pompiers pulvérisent de l'eau pour éteindre un incendie de forêt près de Sofia, le 4 juillet 2025. Selon l'Institut national bulgare de météorologie et d'hydrologie, juin 2025 a été l'un des mois les plus secs du siècle. (Photo Nikolay DOYCHINOV / AFP)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » : entre l’alerte lancée par Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg de 2002, et le slogan de Donald Trump « Drill, baby, drill » (fore, baby, fore) en janvier dernier pour pousser la production d’hydrocarbures, vingt-trois ans ont passé, au cours desquels les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé de progresser. En France, elles ont cessé de diminuer depuis le début de l’année. Et compte tenu de l’inertie climatique, elles y resteront pendant des dizaines de siècles. Pas de retour en arrière possible à l’échelle humaine.

Le réchauffement n’est certes pas dû à la réélection de Donald Trump. Mais il est plus difficile à combattre quand ceux qui devraient le faire baissent pavillon devant l’exemple américain. En sortant – par deux fois – de l’accord de Paris de 2015 pour limiter ce réchauffement, les États-Unis exonèrent de leurs responsabilités tous les acteurs économiques qui ne réduisent pas leur consommation d’énergies fossiles et se désintéressent de toute transition énergétique.

Dans le monde, l’activité pétrolière ne cesse de progresser : de quelque 75 millions de barils/jour en 2002 puis 87 millions en 2013, la production d’or noir est attendue cette année à 104 millions de barils/jour, selon l’Agence internationale de l’énergie. Dont près de 20% extraits par les États-Unis. Les climatosceptiques mènent la danse, et projettent d’accélérer la cadence.

Aussi, parallèlement et malgré les alertes, les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en hausse, avec un niveau record en 2023 équivalant à 55 milliards de tonnes de CO2 dans le monde, tendance qui s’est poursuivie en 2024. On ne s’étonnera donc pas que, selon les conclusions d’une étude publiée en juin, le budget carbone qui aurait dû permettre de respecter les limites fixées par l’Accord de Paris sera épuisé… dans trois ans. Autrement dit, le réchauffement et ses conséquences sur les catastrophes naturelles sera plus important que les experts ne l’avaient modélisé en 2015, et les situations extrêmes plus graves avec leur lot de catastrophes naturelles.

Autruches

Pourquoi « regardons-nous ailleurs »? En France, la progression des énergies renouvelables, qui ont représenté 28% de la production totale d’électricité l’an dernier, s’essouffle. Leurs adversaires trouvent des relais dans le personnel politique, au RN comme chez LR, comme lorsque les députés ont failli laisser passer fin juin un moratoire sur les nouveaux projets éoliens et photovoltaïques. Absurde et climaticide. Les consommateurs eux-mêmes ont tendance à se démobiliser. Selon un sondage publié par l’Ademe publié fin juin, même si huit personnes sur dix ont conscience de devoir changer leur mode de vie, la motivation s’émousse sur les sujets environnementaux et « la consommation responsable peine à mobiliser fortement le collectif ». Pas étonnant, compte tenu de l’accent mis par les gouvernants sur une forme d’écologie punitive, souligne Valérie Cohen dans LeJournal. Résultat, selon les dernières estimations du Haut conseil pour le climat (HCC), la baisse des émissions de gaz de serre n’ a été que de 1,8% en 2024 contre 6,7% un an plus tôt. À cause, notamment, des transports dont les émissions n’ont diminué que de 1,2%, contre 4,4% l’année précédente, et qui sont responsables à eux seul de 34% des émissions de CO2.

L’objectif de 30% d’énergies renouvelables fixé pour 2030 implique de nouveaux efforts pour faire reculer de 55% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, ce qui suppose de consacrer à la transition énergétique 110 milliards d’euros supplémentaires par an dans le logement, l’industrie et les transports, évalue la Direction du Trésor. Inutile de préciser, à quelques jour de la présentation du projet de budget de François Bayrou, que la trajectoire pour y parvenir n’est absolument pas tracée.

Gilles Bridier