Temps scolaire : la convention propose, les lobbies disposent
La convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rendu sa copie. Pensée pour impulser un « Big Bang », et bien qu’encourageante, elle s’est immédiatement heurtée à la coalition hétéroclite du statu quo.
Six mois de réflexion et d’auditions autour de 130 citoyens tirés au sort dans tous les milieux sociaux-professionnels et tous les territoires du pays : une initiative ambitieuse qui a permis de produire un diagnostic et des préconisations afin d’inverser le mal-être grandissant ressenti par de nombreux jeunes à l’école. Parmi les plus clivantes, on notait le recul de l’heure du premier cours à 9h selon des recommandations scientifiques ; des journées de cours raccourcies permettant des activités culturelles et sportives dès 15h30 ; une semaine de cours de cinq jours ; la sanctuarisation de périodes de sept semaines de cours alternant avec des phases de repos ou encore le passage à deux zones scolaires au lieu de trois, ne serait-ce que pour prendre en compte les réalités sociologiques d’aujourd’hui dont le nombre de familles recomposées.
On peut naturellement discuter telle ou telle mesure ou en proposer des aménagements mais toutes ces dispositions poursuivaient un objectif louable rompant avec la règle de l’immobilisme propre à enfoncer encore et encore un système éducatif à bout de souffle et des enfants en rupture. En évoquant les « temps de l’enfant », la priorité était revendiquée, prenant le pas sur d’autres considérations, quitte à en assumer les désidératas. Si l’on considère l’explosion du mal être, la dégradation de la santé mentale de larges pans de la jeunesse, mais aussi nos résultats décevants en termes de transmission de connaissances comme de capacités à se projeter dans le monde d’aujourd’hui … les résultats de cette convention étaient un encouragement à faire de la politique autrement, au nom d’un intérêt qui devrait réunir professionnels de l’éducation, parents, citoyens et lobbys divers.
Pourtant, comme on pouvait le redouter, il aura fallu quelques heures pour que la coalition hétéroclite du statu quo invalide l’ensemble des travaux. Dans un unanimisme hexagonal dont on connait les ressorts, les uns se sont abrités derrière les moyens, les autres ont invoqué la déconnection comme on invoque une divinité. À l’image d’une démocratie parlementaire sclérosée, la tentative d’un nouveau format de démocratie citoyenne se fracasse lui aussi sur les bonnes vieilles habitudes permettant à chacun de justifier sa posture jusqu’au risible.
Le recul du premier cours à 9h dans le secondaire serait donc une révolution. C’est pourtant la règle dans le premier degré presque partout. Au collège ou au lycée, au gré des emplois du temps de chaque classe, il n’est pas rare que des élèves commencent leurs cours à 9h… mais vous n’y pensez pas ! Le système à deux zones permettant aux familles de partager une semaine en commun à Pâques ou aux vacances d’hiver se heurte sans surprise aux lobbys des sports d’hiver, accessible à un cinquième des familles du pays, les mêmes qui rechignent à la semaine de cinq jours parce que le conservatoire, les cours de théâtre ou de tennis se déroulent mercredi en milieu d’après-midi. Les syndicats embrayent sur un mode pavlovien car les enseignants, déjà mal rémunérés et considérés, devront travailler davantage.
Oui, pourquoi le nier, cette convention avait pour mission de réorganiser une partie du temps social autour du bien-être des enfants parce que l’urgence est là, brutale, incontournable. Une société en bonne forme démocratique serait partie de ce rapport pour le discuter, l’aménager, soulignant son apport vertueux. Rien n’empêche les organisations enseignantes d’exiger légitimement en retour une revalorisation salariale pour une profession déclassée.
Au lieu de cela, nous avons assisté aux chœurs des revendications plaintives. Paradoxe notoire : c’est aussi l’échec de celles et ceux qui en appellent à la « démocratie participative », à l’initiative citoyenne et autres fondements comitards, au dialogue social, pour dénoncer la représentativité ou l’insuffisance des institutions parlementaires. Pas davantage que d’autres formes de renouvellement du processus démocratique, elles ne trouvent grâce à leurs yeux même lorsqu’ils en sont les promoteurs, parce qu’ils n’en maîtrisent pas les conclusions. L’esprit de censure est désormais ce qu’il y a de mieux partagé par ce que l’on appelait jadis les corps intermédiaires de la nation ou forces vives du pays. Derrière cet alarmant constat démocratique, le sablier s’écoule et des enfants, nombreux, s’écroulent. Tant pis pour eux.



