Terrorisme : la gauche sait réagir
La droite et l’extrême-droite ne cessent de reprocher aux progressistes on ne sait quelle indulgence avec l’islamisme, on ne sait quel déni devant la menace terroriste. Les événements tragiques du 13 novembre ont démontré le contraire.
Frappée au cœur, la France a fait face. Dans la douleur, dans l’angoisse, dans le traumatisme même, elle a gardé son sang-froid, elle est restée unie, solidaire dans le malheur, à cent lieues des dangereuses rodomontades d’un Zemmour ou d’une Marion Maréchal. Confrontée à l’attentat terroriste le plus meurtrier de son histoire, la société française a répudié la vengeance, refusé l’amalgame entre islamistes et musulmans, récusé la logique du bouc émissaire qui aurait consisté à imputer à nos compatriotes musulmans les folies criminelles d’une minorité fanatique.
Dix ans après le massacre dit « du Bataclan », on se permettra de le rappeler : c’est un gouvernement de gauche, de cette gauche soi-disant irénique, conciliante et bien-pensante, qui a pris en charge la nation plongée dans le drame. Frappée au plus profond par le massacre, le pays pouvait se défaire dans l’épreuve, s’abandonner à la panique et à irrationalité, glisser vers la guerre civile que les djihadistes voulaient déclencher par leurs actes barbares. Or un trio représentatif de cette gauche réformiste qu’on affecte parfois de tenir pour molle et irrésolue, a pris en main la réaction de l’État : François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Au vu de leur action, personne ne s’avise aujourd’hui de dire qu’ils ont manqué de sang-froid, de fermeté ou de sens de l’intérêt national.
Pusillanimité envers l’islamisme ? C’est le contraire qui est vrai. Dès avant le 13 novembre, la France sous leur conduite avait pris toute sa place dans lutte militaire contre l’État islamique en Irak et en Syrie, en plaçant l’armée française dans la coalition anti-Daech. Ces opérations furent redoublées après l’attentat et conduisirent à l’effondrement, à Raqqa et Mossoul, de l’embryon de structure étatique mise en place dans ces régions par les fanatiques de l’islamisme, d’où était parti l’ordre de perpétrer en France un attentat spectaculaire. En France, les moyens policiers furent renforcés rapidement, comme en témoigne le nombre des attentats déjoués depuis cette date fatidique et la lutte contre le terrorisme bénéficia d’une priorité claire définie par les pouvoirs publics, dans le cadre de l’état d’urgence décrété par le Premier ministre Manuel Valls.
Au même moment, tenant un discours d’union nationale, de fermeté et d’équilibre propre mobiliser les moyens de l’État et à prévenir toute réaction de représaille au sein de la population, François Hollande ralliait le Parlement et, à travers lui, la population française, à une attitude solidaire, patriotique et déterminée, conforme aux valeurs républicaines. Évitant les anathèmes, les généralisations dangereuses et les intolérances délétères si courantes à l’extrême-droite, mais sans nier les difficultés de l’immigration (plusieurs terroristes avaient utilisé l’ouverture des frontières aux réfugiés pour s’introduire en France) la gauche gouvernante sut faire la balance entre répression et prévention, entre protection des cultes et combat contre le fanatisme religieux, intransigeance laïque et légitimité des croyances.
Si bien que pour cette partie de la gauche, celle qui accepte la responsabilité du pouvoir, avec ses exigences et ses servitudes, les accusations de collusion avec l’islamisme, de déni devant la menace fanatique, de dérive vers la « culture de l’excuse », tombent totalement à plat. Face au défi du 13 novembre, cette gauche-là a tenu, comme l’a fait la société française à cet exemple. Au moment des choix prochains, alors que la menace terroriste est toujours prégnante, que l’influence djihadiste reste dangereusement présente, il faudra s’en souvenir.



