TikTok : qu’attendons-nous pour agir ?

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 12/09/2025

Un rapport parlementaire dénonce les ravages que la plateforme chinoise inflige aux jeunes générations. Pour qui en douterait encore, il y a urgence à combattre sérieusement les dérives d’Internet.

Le député des Socialistes et Apparentés Arthur Delaporte et la députée d'Ensemble pour la République Laure Miller présentent des copies de leur rapport à la commission d'enquête parlementaire sur les effets psychologiques de la populaire plateforme de courtes vidéos TikTok sur les mineurs, à l'Assemblée nationale à Paris le 11 septembre 2025. (Photo Bertrand GUAY / AFP)

Combien de morts, combien d’incitations au suicide, combien de vies brisées faudra-t-il encore pour que les pouvoirs publics se décident à passer à la vitesse supérieure pour encadrer les réseaux sociaux ? Deux députés, la macroniste Laure Miller et le socialiste Arthur Delaporte viennent de remettre un excellent rapport sur les effets psychologiques dévastateurs de TikTok sur les mineurs. Avec un proposition choc : l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Leur tableau glaçant est basé sur une mosaïque de 178 auditions, dont de nombreux mineurs qui ont témoigné de leur funeste addiction. Un système d’algorithme enferme peu à peu les victimes de ce réseau prédateur, les incitant à se scarifier, à se suicider, à cesser de s’alimenter…Les dirigeants de la plateforme se réfugient derrière leur statut d’hébergeur pour minimiser leur responsabilité. Et assurent, naturellement, de leur bonne volonté. Mais leurs équipes de modérateurs sont quasi-fictives, et celles qui manipulent les algorithmes sont bien actives. Un scandale.

Chacun s’émeut de l’ampleur du chantier, et pour cause : la régulation du numérique semble embryonnaire. On vote des lois supposées responsabiliser le secteur, Bruxelles s’empare du sujet avec des directives combattues – et souvent contournées – par les puissantes plateformes qui s’opposent (aidées par Donald Trump) à ce qu’on touche à leur juteux business. Dans ce marécage, la manière forte s’impose comme la seule solution viable.

Australie, Chine : l’exemple d’une régulation plus ferme

Les Chinois l’ont bien compris qui ont largement interdit l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes, même si la maison mère de TikTok a son siège à Pékin. C’est une dictature, direz-vous. Mais une grande démocratie, l’Australie, interdit aussi les réseaux sociaux à tous les mineurs de moins de 16 ans, et vient d’ajouter YouTube à sa liste noire. Alors qu’attendent les gouvernements occidentaux pour se défendre contre une pieuvre qui ronge le cerveau des enfants, et n’épargne pas celui des adultes ?

Les contenus véhiculés par le numérique ne seraient pas tolérés dans la presse et l’audiovisuel. Pourquoi les autoriser sous prétexte de liberté de communication ? Certes, on peut toujours entamer des procédures judiciaires pour diffusion de contenus manifestement illégaux, mais c’est long, lent et coûteux. Les plates-formes sont riches et n’hésitent pas à engager des armées d’avocats pour faire traîner…

Une régulation encore embryonnaire, des outils juridiques peu appliqués

Même quand des dispositions législatives faciles à mettre en œuvre sont votées, elles ne sont pas utilisées. Voilà six mois qu’est sorti le décret d’application de la loi SREN qui permet à PHAROS de supprimer d’Internet les images de torture et de barbarie des vidéos pornographiques. Il suffit d’un signalement en ligne. Qui a saisi cette instance du ministère de l’Intérieur ? La réponse est dans la question… Espérons que le rapport de la commission d’enquête sur TikTok ne connaisse pas le même sort que tous les constats précédents sur les ravages du numérique. L’inertie n’est plus une option.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse