Toulouse bientôt rose ?

par Boris Enet |  publié le 26/01/2026

Dans la quatrième ville de France, la gauche sans LFI pourrait créer la surprise : le 22 mars prochain, l’ex-LR Jean-Luc Moudenc n’est pas assuré de renouveler son bail à la mairie.

Le maire de Toulouse Jean Luc Moudenc et derrière lui, François Briançon, élu candidat socialiste aux prochaines élections municipales de 2026 lors de l'inauguration des ateliers du Théâtre du Capitole, Toulouse, le 20/10/2025. (Photo de Frédéric Scheiber / Hans Lucas via AFP)

La capitale européenne de l’aviation civile est un aéronef politique à géométrie variable. Jeune et universitaire, elle vote à gauche dans les élections nationales mais préfère la droite dans les scrutins locaux. En 2022, elle avait offert à Jean-Luc Mélenchon son troisième meilleur score avec 37 % des voix. Mais depuis 2014, les mêmes électeurs reconduisent à la mairie l’homme du centre-droit Jean-Luc Moudenc.

Le sortant est entré en campagne cette semaine au cours d’un meeting dont les chiffres de participation sont très incertains, agitant habilement l’épouvantail insoumis et promettant d’être le paladin de « l’ordre, du progrès et de l’identité toulousaine ». Pour lui, le danger principal vient du RN qui pourrait le priver de la victoire s’il parvient à se maintenir au second tour. Sa seule chance réside dans sa capacité à absorber le vote lepéniste. D’où la surenchère sécuritaire qui domine son programme municipal, avec cette surprenante proposition qui consiste à installer une caméra de vidéosurveillance dans chaque rue. La garantie de la stabilité fiscale et une troisième ligne de métro complètent le dispositif électoral.

François Briançon fédère une gauche sans LFI

Au vrai, la nouveauté toulousaine vient de la gauche. Après le refus de Carole Delga d’endosser le costume de challenger, François Briançon, premier fédéral socialiste de Haute-Garonne et vieux routier de la vie politique locale, est l’outsider qui monte. À la tête d’une coalition de neuf formations de gauche – dont le PCF, EELV, Place Publique et les radicaux – il a isolé LFI et pris le rôle de principal opposant. Inversé par rapport à la précédente municipale, ce schéma met en difficulté le député insoumis François Piquemal qui se heurte au plafond de verre de la radicalité. Même avec le soutien à distance d’Ada Colau, ancienne édile de Barcelone de 2015 à 2023 et égérie de la gauche alternative catalane, la gauche populiste locale pourrait bien devenir lanterne rouge, dans tous les sens du terme.

Pour fédérer cette coalition sans LFI, la promesse de céder la direction de la métropole à l’écologiste Régis Godec en cas de victoire du socialiste à la mairie a probablement été l’élément déterminant car les sujets qui fâchent sont légion. L’autoroute Toulouse-Castres ou la ligne à grande vitesse reliant Toulouse à Bordeaux sont des amères pommes de discorde. Mais les écologistes locaux, répudiant la stratégie illisible de leur parti au niveau national, ont choisi le réalisme et l’union avec les réformistes. Tous défendent un programme social auquel d’autres exécutifs de gauche se sont attelés : l’encadrement des loyers face à l’envolée des prix du logement, la régie municipale de l’eau ou le bouclier social à l’échelle de la municipalité. Pour la « Gauche unie pour Toulouse », il s’agit de politiser davantage le scrutin pour espérer l’emporter, tandis que Jean-Luc Moudenc préfère parler local, en masquant les étiquettes d’une droite en pleine déconfiture. Si bien que dans la ville des violettes, les populistes des deux rives pourraient se retrouver aux pâquerettes…

Boris Enet