Touristes, basta !
Du Nord au Sud, l’Italie suffoque chaque année un peu plus sous le poids d’un afflux de touristes lourd de conséquences pour ses villes et ses paysages. L’État semble enfin décidé à endiguer ce qui est devenu un fléau pour les populations locales.
Mieux vaut tard que jamais. Le sur-tourisme italien, maladie chronique des étés péninsulaires, suscite l’inquiétude des pouvoirs publics, qui ont déployé en 2025 différentes mesures pour mieux contrôler et appréhender ce phénomène.
Un chiffre édifiant permet d’en prendre toute la mesure : avec 458 millions de touristes en 2024 (dont 75% sont concentrés sur 4% du territoire), contre 191 millions en 1990, les habitants de la péninsule sont au bord de l’asphyxie.
Dans le détail, Venise a accueilli 9,5 millions de visiteurs en 2024, pour une population résidente de 55.000 personnes. Capri, avec ses 10 km2 de superficie et ses 15.000 habitants, a connu 30.000 arrivées journalières, et Florence avec ses 36.000 résidents du centre historique a vu déferler 15 millions de visiteurs et pas moins de 40.000 autocars. Sans oublier Rome avec 51,5 millions de visiteurs annuels, et 32 millions supplémentaires anticipés en 2025 pour l’Année sainte et le Jubilé.
Même problème dans les lointaines agglomérations des Dolomites. À Cortina, on a commencé à lire de brefs mais significatifs « Tourists go home » ou « Too much ».
Les conséquences du sur-tourisme sont multiples : résidents chassés des centre-ville, pollution récurrente et déchets qui s’accumulent, mais aussi des transports ralentis et des prix qui s’envolent pour différents services. Sans oublier la mutation identitaire des villes transformées en lieux de « grande bouffe », comme Rome où restaurants, pizzerias et fastfoods, semblent plus attractifs que le Colisée.
L’année 2025 aura été celle de la prise de conscience, avec l’instauration de zones à trafic limité, le paiement d’un ticket journalier, l’obligation de réserver même pour un téléphérique, un numerus clausus pour accéder aux pics des Dolomites. À Capri, le maire a inventé deux types de funiculaires : le rapide, destiné aux résidents et à ceux qui ont réservé, et un second, plus lent, pour les autres touristes sans réservation.
« Trop de touristes et trop pauvres (…) un tourisme-éclair obscène est né », avait synthétisé l’an dernier, avant l’adoption de mesures drastiques, l’association des commerçants de la Piazza San Marco (Venise), ajoutant : « Ils voyagent low cost, dévorent une pizza, font une photo et jettent leurs déchets dans nos canaux ».
Un diagnostic inquiétant, qui pousse l’État à agir. La renaissance d’un tourisme vivable est en marche, avec le paiement d’un ticket journalier de 5 euros entre 8 heures 30 et 16 heures. Des mesures accompagnées par une offre culturelle opportunément diversifiée, en plus du traditionnel festival du cinéma : la ville célèbre par exemple le « 300ème anniversaire de la naissance de Casanova » … Pour un public bien différent de celui qui guigne les starlettes sur le Lido. Réaction analogue à Florence avec l’instauration d’une zone à trafic limité appelée « Scudo verde » , 38 km2 où l’on plante une forêt d’arbres qui fera baisser la température et offrira aux résidents des îlots de fraicheur. Les petites recettes font les grands résultats …



