Tragédie au Congo

par Malik Henni |  publié le 17/10/2025

Dans un documentaire magistral, le réalisateur belge Johan Grimonprez fait revivre au son du jazz la mémoire de Patrice Lumumba et des espoirs sacrifiés de l’indépendance congolaise.

Extrait de l'affiche du film "Soundtrack to a Coup d’État" de Johan Grimonprez

Qui aujourd’hui se souvient encore de Patrice Lumumba et de l’espoir bien vite passé qu’a suscité l’indépendance du Congo belge à l’été 1960 ? Qui se rappelle les cris d’effroi d’Abbey Lincoln et Max Roach dans la salle du Conseil de sécurité de l’ONU quand l’annonce de l’assassinat du leader patriote congolais a été annoncée ? Et qui pourrait imaginer que toute cette histoire de néocolonialisme européen et d’impérialisme occidental s’est jouée sur fond de jazz, au rythme de la trompette de Louis Armstrong ? C’est ce que raconte brillamment le documentaire Soundtrack to a coup d’Etat.

La scène se joue entre trois théâtres, sur trois continents : à Bruxelles, où l’indépendance du peuple congolais est arrachée à la Belgique, qui fut pendant plus de 70 ans son bourreau ; la tribune des Nations Unies à New York, où Nikita Khrouchtchev frappe son pupitre en dénonçant la prévalence du racisme et de l’impérialisme des États-Unis au Congo, sous l’œil conquis des nouveaux États non-alignés ; et enfin le Congo lui-même, où se croisait dans un bal infernal mercenaire anciens nazis, militaire belge, agent de la CIA, sécessioniste du Katanga et colons revanchards.

Dans un documentaire aussi important que bien construit, le belge Johan Grimonprez offre une partition qui est repartie avec l’Oscar du meilleur film documentaire et qu’il faut aller voir. Les deux heures trente passent comme une lettre à la poste, sur fond de Duke Ellington, de Nina Simone et de discours de Castro et Malcolm X. Cette histoire n’est pas aussi lointaine dans le temps et dans l’espace que l’on pourrait croire : l’appareil sur lequel vous lisez cet article a sans doute un minerai du Congo dans sa batterie. Et le documentaire de nous montrer des publicités Samsung et Tesla, symboles d’un système économique qui n’a sans doute pas tant changé que ça.

Malik Henni